N° 928 | du 7 mai 2009 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 7 mai 2009

Une inquiétante sécurité

Joël Plantet

L’analyse des causes de la délinquance semble beaucoup moins intéresser les pouvoirs publics que la réponse brutale, sécuritaire et répressive. Un décret anti-cagoule et une loi anti-bandes seront-ils efficaces ?

« Tout participant à une manifestation publique, en dissimulant volontairement son visage dans le but de ne pas être identifié, est puni de l’amende prévue pour les contraventions de 5ème classe : 1500 €. » En cas de récidive dans un délai d’un an, l’amende pourra être doublée. Sortant comme d’habitude à chaud – en l’occurrence après les manifestations du G20 ou du sommet de l’OTAN –, un décret anti-cagoule (les casques aussi sont concernés) a été ainsi fabriqué.

Le ministère lui-même reconnaît qu’il est hasardeux d’interpeller des personnes au sein même des manifs, et on ne peut que s’interroger sur l’efficacité de ce genre de texte : est-il fait pour imposer aux services d’ordre des organisations d’expulser eux-mêmes les contrevenants ? La ministre s’en remet au « savoir-faire et au jugement des policiers. » Or, la plupart de ceux-ci craignent des dommages collatéraux, redoutant que cette « réaction politique » ne soit même pas dissuasive. Le syndicat des commissaires, lui, confirme que « l’arsenal juridique actuel est suffisant »…

Pure communication politique, cette nouvelle loi ne servira à rien

Le ministère de l’Intérieur a compté 222 bandes connues, avec 2500 membres permanents et autant d’occasionnels. Parmi eux, « 47 % de mineurs » et une majorité de personnes désocialisées, promptes à attaquer « tout ce qui représente l’autorité, l’État », selon la ministre. Fidèle de Sarkozy, le député UMP Christian Estrosi a été chargé de préparer une proposition de loi, examinée à la fin de ce mois à l’Assemblée, en vue de créer une nouvelle infraction de « participation à une bande violente. » Ce nouveau délit sera puni de trois ans de prison et 45 000 € d’amende.

Mais là aussi, quelle utilité ? Quelle différence avec l’actuel « délit d’association de malfaiteurs » qui punit « tout groupement formé en vue de la préparation d’un crime ou d’un délit passible d’au moins cinq ans de prison » ? Pure communication politique, cette nouvelle loi ne servira à rien. Pour faire bonne mesure, l’intrusion dans un établissement scolaire deviendra aussi un délit relevant du tribunal correctionnel.

L’instrumentalisation de quelques faits divers a fait souffler le vent mauvais de l’insécurité : intrusion violente d’une bande de jeunes dans un lycée de Gagny en mars ; baston entre bandes de banlieue parisienne nord et sud avec un mort et deux blessés graves… Tout cela a permis au chef de l’État (on en oublierait qu’il s’est chargé de la sécurité des Français depuis sept ans, ayant déjà à son actif 23 décrets ou lois sécuritaires) de renouer avec son thème de prédilection, la sécurité, et de multiplier les rodomontades : « Je vais engager une lutte sans merci contre les voyous et les délinquants », proclamait-il récemment.

En outre, il veut généraliser la vidéo (y compris dans les véhicules de police ?) et installer un avocat pour les victimes, « dans la minute » de l’agression. Les enseignants victimes de violences perpétrées par des groupes bénéficieraient de la même protection légale que celle accordée aux policiers…

Menaces sur les libertés publiques ? « Au motif de lutter contre les bandes le gouvernement remet en cause la liberté de réunion et crée des délits dont la qualification extrêmement floue et imprécise est la porte ouverte à toutes les dérives sécuritaires », estime le Parti radical de gauche. Finalement, tout est durci : par exemple, les peines « sont également applicables à la personne qui, sans être elle-même porteuse d’une arme, participe volontairement à un attroupement dont une ou plusieurs personnes portent des armes apparentes », ce qui élargit considérablement le cercle des délinquants d’un groupe.