N° 932 | du 11 juin 2009 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 11 juin 2009

Une école blindée avec miradors ?

Joël Plantet

À la veille des Européennes, Darcos et Sarkozy ont annoncé plusieurs mesures répressives pour lutter contre la violence à l’école. Belle opération de communication sécuritaire. Vers une école annexe du commissariat ?

Dénonçant à chaud, après deux faits divers, « la pensée unique qui voudrait excuser les auteurs de violence et chercher à culpabiliser les défenseurs de l’ordre républicain », Sarkozy a étoffé, à dix jours des élections européennes, son arsenal répressif. Un diagnostic spécial de sécurité devra être établi dans 184 établissements scolaires, avec d’éventuelles mesures de protection contre les intrusions (portiques de détection d’armes et vidéosurveillance renforcée).

De manière générale, les personnels de direction et d’encadrement des établissements seront désormais habilités à fouiller les sacs des élèves, un texte réglementaire étant promis pour début juillet. Renforcées de policiers à la retraite, des équipes mobiles d’agents viendront « épauler sur un plan pédagogique les chefs d’établissement en cas de difficulté ponctuelle relative à la discipline dans un lycée ou collège »… Mais ces interventions ponctuelles ne vont-elles pas ressembler à des opérations coup-de-poing risquant de générer plus de tensions encore ? Les violences commises sur un agent d’éducation (à l’intérieur comme à l’extérieur) constitueront une circonstance aggravante. Parallèlement, la « reconquête » de 25 quartiers (dont 21 en région parisienne) est annoncée.

Que devient, dans un tel paysage guerrier, la prévention ? Les syndicats parlent d’« affichage » et de « dramatisation » liés à la période électorale, tout en rappelant les suppressions de postes drastiques (13 500 prévues pour la seule année 2009).

Une dizaine de dispositifs contre la violence à l’école en quinze ans

En 1998 avait été créé un Observatoire européen de la violence en milieu scolaire. En 2001, une première conférence mondiale Violence à l’école et politiques publiques s’était tenue en France. La même année, le logiciel Signa était mis en place pour recenser les violences scolaires. Plus d’une dizaine de dispositifs ont été adoptés en la matière en quinze ans, dont celui initié en 1993 par Bayrou, alors ministre de l’Éducation, avec sensiblement les mêmes moyens pour « sanctuariser » l’école…

Certains spécialistes, comme le chercheur Éric Debarbieux, estiment pourtant que la violence n’a pas globalement augmenté depuis dix ans mais qu’elle s’est concentrée sur les lieux d’exclusion sociale ; le même pense d’ailleurs que les fouilles systématiques sont « un des moyens les plus sûrs d’augmenter la violence » [1]. De fait, le ministère dit recenser mensuellement une vingtaine de « faits graves » commis avec couteaux ou bâtons dans les collèges et lycées. Le système d’information et de vigilance sur la sécurité scolaire (SIVIS) aurait recensé 251 signalements « en relation avec des armes » entre septembre 2008 et mars 2009, alors que 1, 2 % des incidents déclarés en 2007-2008 impliquaient des armes blanches et 0, 1 % des armes à feu. Montrant ses muscles, le ministre Darcos entendait aussi instaurer des sanctions financières « rapides et proportionnées » pour les parents.

Ainsi, un ou des parents d’élève ayant amené une arme pourrait être condamné à 130 € d’amende… De même son idée première avait été de transformer les chefs d’établissements et conseillers principaux d’éducation (CPE) en officiers de police judiciaire… Sera-ce la prochaine étape ? En tout cas, les dérives sécuritaires sont bel et bien là : il y a quelques semaines, les gendarmes avaient conduit une opération démesurée, avec chien, dans un collège. Il y a peu, des policiers interpellaient et arrêtaient, sans prévenir personne, deux gamins de 10 et 6 ans, avant de les interroger pendant deux heures en commissariat, pour un délit qu’ils n’avaient pas commis.


[1Le Monde du 29 mai