N° 749 | du 14 avril 2005 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 14 avril 2005

Une campagne nationale pour la santé mentale

Joël Plantet

Notre société est probablement de moins en moins tolérante envers les troubles psychiques dont de récentes enquêtes confirment l’aggravation globale ces dernières années. Première du genre, une campagne nationale veut faire évoluer les préjugés en ce domaine

Publiés en septembre dernier par la caisse nationale d’assurance-maladie, les chiffres sont malheureusement éclatants : l’usage abusif — et croissant — des antidépresseurs, somnifères et anxiolytiques caractérise fortement notre pays, surlignant un mal-être ambiant. Une étude intitulée La dépendance aux médicaments psychotropes confirmait à la même époque la progression de cette consommation chez les 35-55 ans, les femmes et les personnes âgées… Entre 1980 et 2001, le chiffre d’affaires annuel du marché de ces psychotropes est carrément passé de 317 millions d’euros à plus d’un milliard d’euros (chiffres de la direction de la recherche, de l’évaluation et de statistiques, Drees). L’explosion des ventes de certains produits, tels le Prozac, en témoigne [1].

D’autres chiffres de la direction générale de la Santé avaient révélé en mai 2004 que le nombre d’hospitalisations sous contrainte s’était accru de… 86 % dans les dix dernières années. Cette progression, fort inégale selon les départements, témoignait, pour les chercheurs, d’une désorganisation du système psychiatrique, d’une moindre tolérance aux troubles psychiques, et aussi d’un manque de moyens.

Le paysage de la santé mentale ne cesse d’inquiéter. Une enquête épidémiologique de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avec la même Drees montrait en fin d’année dernière (Santé mentale en population générale, octobre 2004), l’ampleur des troubles psychiques en France : sur 36 000 personnes sollicitées, il apparaissait que 11 % avaient connu un épisode dépressif dans les deux semaines précédant l’enquête, et près de 13 % déclaraient souffrir d’anxiété généralisée depuis au moins les six derniers mois. Dans les facteurs de risque, une corrélation était nettement établie avec le chômage, de même qu’avec la séparation dans un couple.

Pour la première fois, une campagne nationale

En février dernier, encore dans l’émotion du drame de Pau (voir LS n° 738), le ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy, annonçait un plan santé mentale : investissements immobiliers et recrutements en hausse, amélioration des formations, amélioration aussi du repérage et de la prise en charge de la dépression, prise en compte enfin du retard considérable accumulé en pédopsychiatrie. Par ailleurs, le nombre de personnes autistes ou psychotiques hospitalisées et devant en principe bénéficier d’une prise en charge médico-sociale était estimé à dix mille patients : pour remédier à ce dysfonctionnement, le plan annonçait la création de places d’hébergement et d’accompagnement à domicile. À suivre et à vérifier dans son application.

« Accepter les différences, ça vaut aussi pour les troubles psychiques » qui peuvent, de près ou de loin, concerner tout le monde : la campagne actuelle utilise résolument un slogan renvoyant à d’autres discriminations. À l’origine de celle-ci — première du genre, lancée mi-mars —, des familles (Union nationale des amis et familles de malades psychiques, Unafam), des patients (Fédération nationale des associations de patients et ex-patients psy), des professionnels et des élus (associations des maires de France). Il s’agit certes de sensibiliser l’opinion à la stigmatisation des personnes souffrant de troubles psychiques et de leurs proches, mais également de souligner l’exigence d’une alliance des différents acteurs de la santé mentale. En outre, la campagne appelle à développer un « partenariat innovant » pour favoriser accompagnement et insertion des publics concernés. Elle rappelle un certain nombre d’entre eux, établis souvent en réseau, luttant concrètement contre la discrimination, impliquant des municipalités, favorisant l’insertion par les pratiques artistiques.

Depuis fin mars, la campagne se décline dans la presse écrite nationale, régionale et municipale. À partir du 15 juin, une campagne d’affichage la relaiera, et elle devrait s’accompagner d’actions relais concrètes, menées par les quatre partenaires organisateurs, au sein des régions et départements français.


[1Lire à ce sujet Le Prix du bien-être, Édouard Zarifian, éd. Odile Jacob, ou Antidépresseurs, la grande intoxication, Guy Hugnet, Le Cherche-Midi éditeur