N° 866 | du 20 décembre 2007 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 20 décembre 2007

Une association sans subvention

Nathalie Bougeard

En matière de récupération, l’Association des amis de jeudi dimanche est exemplaire. Mais elle sait aussi fidéliser ses bénévoles et ses donateurs.

« Nous ne sollicitons pas de subventions car nous voulons être libres. C’est-à-dire conduire l’association comme bon nous semble. Je ne veux pas d’inspection pour me dire de peindre en bleu les chaises qui sont rouges », répond sans ambages Michel Jaouen lorsqu’on lui parle du financement de la structure qu’il a créée en 1954.

3371 donateurs

Pour les investissements sur les bateaux, l’association sollicite plusieurs milliers de donateurs. « En 1994, l’émission de télévision Thalassa nous a consacré un reportage. C’était à l’époque où nous reconstruisions le Bel Espoir II et le public s’est mobilisé », se souvient Marie-Anne Loiselet. Fort de ce fichier, l’année suivante, l’association édite une lettre d’information qu’elle adresse aux donateurs. Pour les informer de l’usage qu’elle a fait de l’argent mais aussi pour les relancer ! Et ça marche ! Quatorze ans après, la part des dons est toujours conséquente : en novembre 2007, pour l’année en cours, 3 371 donateurs avaient envoyé un chèque. « La moyenne est de 65 euros », précise Marie-Anne Loiselet. Certains donnent moins et d’autres, plus rares, beaucoup plus. Ainsi, le jeu de voiles du Rara Avis (environ 40 000 euros) a-t-il été payé par une grande fortune française et les moteurs par une entreprise d’agro-alimentaire. Quant à l’île de Stagadon, elle a tout simplement été donnée à l’association par un homme très connu.

À ceux qui craignent une dérive autocratique, signalons immédiatement que le père Jaouen ne préside pas l’Association des amis de jeudi dimanche (AJD), qu’il n’est pas membre du conseil d’administration et qu’il n’assiste pas à ce type de réunions. Mais alors, comment l’association finance-t-elle ses besoins ? En fait, tout tient sur un équilibre précaire mais qui finalement fait ses preuves depuis des années : des recettes propres, des généreux donateurs, un recours important au bénévolat et la récupération érigée comme principe de consommation.

Recettes propres

Pour alimenter son budget de fonctionnement (environ 100 000 euros), l’AJD dispose des recettes liées à la vente des croisières en mer ou tirées de la location de l’île de Stagadon. Située à une trentaine de minutes de bateau de Landeda, Stagadon est la propriété de l’association depuis plusieurs années. Les deux maisons de cette ancienne ferme goémonière ont été restaurées et accueillent depuis des groupes ou des particuliers. « Nous disposons de 25 couchages et demandons une participation de 16 euros par personne, transfert sur l’île compris », indique Aurélie Baron. Un tarif tout à fait modéré pour se retrouver sur une île déserte mais avec tout le confort moderne. « Dans le cas de Stagadon, il ne s’agit pas vraiment d’une location mais plus d’une participation aux frais. Nous ne souhaitons pas augmenter les prix car cela risquerait de nous couper d’une partie de la population moins fortunée », explique-t-elle.

L’endroit est aujourd’hui très réputé puisque d’avril à fin septembre, il est généralement loué tous les week-ends, voire des semaines entières pendant les beaux jours. Le même principe de tarif raisonnable est appliqué pour les transats. « Nous essayons d’avoir des prix de journée modérés », confirme Michel Jaouen.

Beaucoup de récup

Il est vrai que dans son fonctionnement quotidien, l’AJD est un modèle pour ceux qui s’intéressent à la récupération. Ainsi, tous les jours de la semaine, le déjeuner servi à une quinzaine de personnes (voire beaucoup plus) est préparé grâce à des produits de récupération. « Ici, on ne fait pas de courses. Quatre fois par semaine, nous récupérons de la marchandise auprès d’un supermarché local. Il s’agit aussi bien des fruits, des légumes que du fromage, des yaourts ou du lait ou encore des pâtes ou du riz », détaille la responsable. Quant à la viande et au poisson, ils proviennent d’un grossiste en produits surgelés. (Et pour avoir déjeuné à l’AJD, je confirme que la table est bonne).

Dans sa tâche de récupératrice, Marie-Anne Loiselet est aidée d’Andrée, une bénévole, qui y consacre deux demi-journées chaque semaine. « Nous avons également Cathy qui s’occupe de la gestion des fichiers informatiques ou encore René, un ouvrier tourneur qui, chaque trimestre, vient du Havre jusqu’au chantier pour réaliser les pièces de mécanique dont ils ont besoin », détaille Aurélie Baron. Mais il y a aussi tous les commandants bénévoles qui assurent la navigation ou encore un couple de jardiniers pour les plantations.

Dans le même esprit, l’été dernier, les toitures des deux grandes baraques de Landeda ont été refaites. « Nous avons un ancien embarqué, couvreur à la retraite, qui est venu démarrer le chantier et former les stagiaires », se félicite Aurélie Baron.


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