N° 1142 | du 29 mai 2014

Faits de société

Le 29 mai 2014

Une Europe du rejet ?

Joël Plantet

L’extrême-droite européenne progresse depuis quelque temps, de moins en moins masquée. Au programme : rejet des minorités, menaces sur la cohésion sociale, étranglement des associations.

Il y a cent ans, plusieurs peuples européens s’étaient enfoncés dans une dérive ultranationaliste, débouchant sur la Première Guerre mondiale. Aujourd’hui, Vlaams blok belge, Aube dorée grecque, British national party, FPÖ autrichien, Ligue du nord italienne, Parti pour la liberté néerlandais, Front national français, Jobbik hongrois, le parti des Vrais Finlandais semblent engranger les bénéfices du repli sur soi et du sentiment de déclassement… Le rejet des populations musulmanes et roms semble être un carburant commun. Les élections de dimanche dernier [dont les résultats n’étaient pas connus lorsque ce papier a été écrit, ndlr] auront probablement réajusté la proportion des sièges d’extrême-droite, au nombre de 26 sur 751 avant le 25 mai.

En France, les villes frontistes ont marqué leur différence. À Orléans, le maire UMP n’hésite pas à installer un adjoint délégué à la lutte contre l’immigration clandestine. Les subventions aux associations, commodément qualifiées de « communautaristes » ou « politisées », ont été revues à la baisse, voire supprimées. Instauration de couvre-feux pour mineurs de moins de treize ans, décision d’armer les policiers municipaux, création de salle de prière bloquée, commémoration de l’abolition de l’esclavage supprimée… ont été observées, dans un contexte où par ailleurs, depuis quelques années, les discriminations en matière de scolarisation d’enfants étrangers, de logement, de crèche, d’emploi ou d’attribution d’aides sociales se sont multipliées.

Le rejet des populations musulmanes et roms semble être un carburant commun

Le désarroi politique et la souffrance sociale peuvent-elles engendrer des expressions décomplexées d’exclusion ? Le monde associatif est inquiet : quelques jours avant les élections européennes, Médecins du monde s’interrogeait à Barcelone sur l’accès aux soins à partir de l’observation de l’état de santé d’environ 17 000 patients accueillis dans les centres de santé de vingt-cinq villes de huit pays européens.

Autre sujet, la prison : le Conseil de l’Europe a récemment fait savoir que les États ne parvenaient pas à réduire la surpopulation carcérale et n’utilisaient pas assez les peines alternatives. Une question reste particulièrement sensible électoralement, celle des flux migratoires : malgré les différents outils dont s’est dotée l’Union européenne (directives diverses, agence de surveillance Frontex, fichier Eurodac, système d’information Schengen II, etc), le constat est accablant. Non seulement l’idée de la nécessité pour l’Europe à s’ouvrir ne s’est pas imposée, mais encore les migrants sont de plus en plus nombreux à mourir de mort violente en tentant d’atteindre l’Europe.

Plusieurs initiatives ont émergé. La Ligue de l’enseignement s’est mobilisée pour retracer les enjeux du fonctionnement communautaire ; une opération pan-européenne intitulée Europe we want a été impulsée par un ensemble d’organisations non gouvernementales « pour une Europe plus juste ». Autre démarche, celle de plusieurs grands réseaux (Fnars, Uniopss, Secours catholique, EAPN…) dénommée « L’Europe plus sociale, plus solidaire, ça me concerne ! L’Europe, c’est nous ! », dotée d’un site internet (construireleurope.org) muni d’outils pédagogiques de sensibilisation et d’animation, et aussi d’informations sur une Europe solidaire, avec illustrations d’actions concrètes déjà menées.

Le 20 mai dernier, était présenté au conseil économique, social et environnemental (CESE) une plateforme intitulée Mieux vivre en Europe appelant à la construction « d’une Europe accueillante et solidaire des réfugiés, d’une Europe garante de l’accès aux soins et aux droits fondamentaux pour les populations les plus précaires ». À construire, donc.