N° 743 | du 3 mars 2005 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 3 mars 2005

Un intérêt grandissant pour l’épargne solidaire

Propos recueillis par Katia Rouff

Trois questions à Pascale-Dominique Russo, journaliste experte en économie sociale, coordinatrice d’un guide pratique consacré à l’épargne alternative et solidaire édité par Alternatives économiques

Le nombre de souscripteurs et d’investisseurs solidaires a été multiplié par trois en un an. De 39 000 souscripteurs en 2002, il est passé à 116 000 en 2003. Qu’est-ce qui explique ce succès ?

Plusieurs raisons. En termes de chiffres, cette augmentation provient surtout de l’apparition d’un dispositif favorisant l’épargne solidaire au sein de l’épargne salariale [1] (loi Fabius, poursuivie en partie par la loi Fillon sur les retraites) qui a permis d’augmenter les placements solidaires. Mais d’autres raisons de fond très importantes interviennent. La principale réside dans l’intérêt pour l’épargne de proximité. Soutenir la création d’un projet ou d’une entreprise situés près de chez soi et aidant des personnes en difficulté sociale ou non motive les épargnants. Cette tendance est due à l’apparition, il y a maintenant plus de vingt ans, des mouvements d’épargnants de proximité et solidaire et au travail réalisé par les réseaux d’accompagnement à la création d’entreprises qui a porté ses fruits.

Par ailleurs, un coup de projecteur a été donné à l’économie sociale et solidaire par la création du secrétariat d’État du même nom en 2000. On observe aussi des mouvements de solidarité ponctuelle : on va par exemple placer une somme d’argent dans un projet de création de logements pour les personnes sans-abri en hiver. Cependant, la portée de l’épargne solidaire reste minime dans le paysage financier. Quant au plan de cohésion sociale, il ne fait malheureusement aucune référence aux potentialités offertes par ce mouvement en termes d’aide à la reconstruction du lien social.

Produits bancaires, comptes à termes et bons de caisse, fonds communs de placement… Comment s’y retrouver dans la multitude des produits d’épargne solidaire proposés ?

Des outils recensent et analysent ces produits de plus en plus nombreux. Le site de l’association Finansol qui fédère les acteurs de l’épargne solidaire et décerne un label à ses produits, les présente clairement. Le guide édité par Alternatives économiques s’y emploie aussi. Reste aux établissements bancaires à fournir un effort plus conséquent d’information sur l’existence de ces produits en direction de leurs clients.

Le label Finansol apporte-t-il aux souscripteurs une garantie fiable ?

Oui, même s’il est insuffisamment identifié. Si l’économie solidaire se développe à une plus grande échelle, il faudra mieux signaler ce que représente un label de solidarité financière et davantage réfléchir à l’éthique en profondeur qu’il garantit en ce qui concerne par exemple les entreprises aidées. Cela devrait constituer un ensemble cohérent.

À lire : Les placements éthiques. L’épargne alternative et solidaire en 80 fiches. Hors-série Alternatives économiques n°15, 2004 (12 €).


[1Épargne longue provenant d’un salaire différé versé par l’entreprise, et utilisé ou non pour la retraite


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