N° 981-982 | du 15 juillet 2010

Faits de société

Le 15 juillet 2010

Un état des lieux de la précarité

Joël Plantet

Vulnérabilité croissante des jeunes, personnes âgées en situation de précarité, problématique explosive du logement : trois priorités, selon un rapport du Crédoc, à traiter impérativement par les pouvoirs publics.

Missionné par l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (Onpes), le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) a dressé un état des lieux de la précarité. La consultation d’un millier d’intervenants – éducateurs de milieu ouvert, enseignants, encadrants de chantiers d’insertion, agents administratifs, salariés et bénévoles d’associations… – fait ressortir une augmentation du nombre de personnes en grande difficulté, et trois problématiques émergentes : celles des jeunes, des personnes âgées, du logement. Mais les deux tiers des organismes interrogés font mention de nouvelles problématiques face auxquelles ils se sentent mal armés.

Sombre constat en effet : l’insertion sociale et professionnelle n’ayant pas les moyens de répondre aux besoins, les jeunes restent de plus en plus en dehors du marché de l’emploi ; la précarité des personnes âgées s’accroît ; globalement, la crainte de perdre son logement fragilise les ménages. Les ruptures financières familiales – avec, en corollaire fréquent, le surendettement – et la perte d’accès aux soins se font plus nombreuses.

Personnes sans logement, travailleurs pauvres, réfugiés politiques, Roms, jeunes en errance, femmes seules avec enfants en grande précarité, travailleurs licenciés peu aptes à s’adresser à l’aide sociale, personnes âgées dépendantes ou handicapées forment globalement l’essentiel du paysage actuel de la pauvreté. Mais cinq catégories de personnes, précise le Crédoc, sont particulièrement atteintes par cette fragilisation galopante : celles, de plus en plus nombreuses, qui ne parviennent plus à assumer les dépenses majeures (logement, en premier lieu, ou santé) ; jeunes en rupture familiale devenant précaires à très grande vitesse ; personnes stagnant au chômage, de plus en plus isolées, de même que celles qui souffrent, physiquement ou psychiquement, dont les personnes handicapées, âgées dépendantes, en difficulté psychologique ou d’addiction… S’y ajoutent encore les immigrés récents souffrant de délais administratifs de plus en plus longs. Les professionnels voient également émerger des demandes d’aide venant de personnes jusqu’à présent financièrement autonomes.

« La société française vit une montée croissante des inégalités »

Le rapport du Crédoc pointe donc la problématique grandissante du logement. Encore récemment, le réseau Stop aux expulsions de logement (Résel) et la Fondation Abbé Pierre (FAP) dénonçaient ensemble, en cette période de vacances, une recrudescence probable des expulsions locatives « avec des conséquences catastrophiques pour les familles concernées » et une loi Dalo inappliquée. Demandant un moratoire sur les expulsions locatives, la FAP et le Résel réclamaient une nouvelle fois la relance de la construction de logements sociaux et surtout une « politique de lutte contre le logement cher ».

En mai, on l’aurait presque oublié, des états généraux du logement – Union sociale pour l’habitat et Fédération nationale des promoteurs constructeurs confondus – avaient, eux aussi, appelé à une autre politique d’État. Quinze propositions avaient été formulées, dont l’affectation de 2 % du produit intérieur brut (PIB) à la politique du logement, la refondation d’une politique conventionnelle entre partenaires sociaux et pouvoirs publics, ou encore (« proposition-phare » n° 13)… la prévention des expulsions. « La société française vit une montée croissante des inégalités qui apparaît comme la question sociale majeure de ces cinquante dernières années », avaient déclaré les rapporteurs de ces États généraux. À quand le début d’une réponse ?