N° 655 | du 27 février 2003 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 27 février 2003

Un après-midi au Café des parents

Mireille Roques

Le Café des parents avance sa terrasse couverte sur le boulevard Voltaire [1], comme n’importe quelle brasserie du quartier. Poussons la porte : à l’intérieur, un comptoir et des tables justifient l’enseigne. Pourtant, les couleurs vives du mobilier, les livres alignés sur les étagères, les plaquettes empilées sur les présentoirs, les trois ordinateurs sur lesquels pianotent des internautes et l’écran de télévision sur lequel s’ébattent des bébés, laissent vite comprendre que l’on vient dans ce café moins pour boire un verre — le choix est d’ailleurs réduit à sa plus simple expression — que pour se documenter, feuilleter une revue, visionner une cassette ou rechercher articles ou adresses sur le web…

On y vient aussi pour demander conseil : au psychologue — tous les jours à disposition — mais aussi, à l’occasion de leurs permanences : au juriste, à l’avocat, au spécialiste de la CAF, à la conseillère scolaire, à la puéricultrice ou encore aux représentants d’associations. Les enfants n’ont pas leur place dans ce lieu, et s’ils accompagnent leurs parents c’est la demande de ceux-ci qui est prise en compte. Pour eux, il y a d’autres lieux, une autre écoute, une autre approche…

Le café, outre les réponses individuelles qu’il peut apporter, propose également des groupes de paroles, autour de trois formules : les ateliers, les vidéos, les informations débats. Les thèmes sont extrêmement divers, des difficultés de sommeil de l’enfant à l’homoparentalité en passant par, « nous ne sommes jamais d’accord sur l’éducation de notre enfant » ou « il ou elle prend la maison pour un hôtel »… Les groupes sont variables en nombre, seuls les ateliers exigeant une inscription. Suivant le sujet ou l’humeur du jour, le groupe peut se limiter à un ou deux participants ou dépasser la vingtaine. La moyenne est toutefois d’une dizaine de personnes, comme cet après-midi de mardi où nous retrouvons huit femmes — les hommes, hélas, sont rares confirmera l’animatrice — pour débattre de « la transmission de mère à fille : quelles significations, quels enjeux ? »

La plupart participent pour la première fois à un atelier. Toutefois, certaines connaissent l’EPE pour y être venu demander un conseil ou avoir fréquenté la Maison des enfants [1]. Toutes, sauf Hélène, ont des filles : Fanny, habite le quartier et profite de son congé parental pour passer de temps en temps. Fille d’une mère célibataire et mère d’un bébé de 5 mois, elle a été intéressée par le sujet et en a parlé à sa copine Sarah, elle-même maman d’une fillette de 3 ans. Sandrine, la championne avec quatre filles à son palmarès, a trouvé l’occasion de mettre sur la table ses interrogations, tout comme Patricia, mère d’une fille et d’un garçon et qui trouve que « ce n’est pas du tout pareil ». Danielle, qui ne s’en laisse pas compter, se dit bien décidée à ne pas transmettre à sa fille de 10 ans l’héritage que lui a laissé sa propre mère et Hélène, mère d’un garçon, n’en finit pas de se vivre « fille de » et se sent tout à fait concernée par le thème. Hélène est au chômage, en situation familiale difficile et le Café des parents est pour elle un des lieux qui lui permet de maintenir une vie sociale et d’aborder des sujets dont elle ne pourrait s’ouvrir à personne.

L’atelier est animé par Anne, psychologue psychothérapeute qui, une fois terminées les présentations, divise le groupe en deux, avec mission, pour les participantes du premier sous groupe, d’énoncer ce que leurs mères leur ont transmis de négatif et, pour celles du deuxième, ce qu’elles ont transmis de positif… Après un temps de discussion hors sa présence, elle demande à chacune de s’exprimer. Rien de bien original : les mères transmettent l’anxiété, l’angoisse, la méfiance et le doute, certaines phobies et parfois le rejet de l’homme, mais elles transmettent aussi la tendresse, la capacité de verbaliser les émotions, l’attention, l’écoute, la prise en compte d’autrui… Les échanges se font avec une grande facilité : on se raconte et ce que raconte l’autre fait écho.

Pas d’autre ambition : ni thérapie, ni mode d’emploi. Juste la mise en mots d’une préoccupation commune : on parle de sa mère, de sa fille, de la grand-mère que sa propre mère est devenue et de la grand-mère qu’on a eue et qui, elle aussi, a transmis plein de choses. Et puis on en vient aux pères, aux maris… On fait un petit tour de la famille entre 14 et 16 heures, un état des lieux autour d’un thé, sous le regard bienveillant et professionnel de l’animatrice. On est au café. On ne va pas changer le monde, juste échanger, des bribes d’histoires, des émotions, des interrogations… Entrevoir quelques pistes. Se donner l’envie, peut-être, d’aller creuser le sujet. Ailleurs.


[1Le Café de l’école des parents et la Maison des enfants - 162 Bd Voltaire - 75011 Paris. Tél. 01 44 93 24 10 ou 01 43 67 54 00


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