N° 853 | du 20 septembre 2007 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 20 septembre 2007

Un accompagnement pour se projeter dans l’avenir

Entretien avec Jean-Marc Ega, éducateur à la Maison de la solidarité Romain-Rolland (Marseille)

Entretien avec Jean-Marc Ega, éducateur à la Maison de la solidarité Romain-Rolland (Marseille), gérée par l’aide sociale à l’enfance des Bouches-du-Rhône.
Propos recueillis par Marjolaine Dihl.

Qu’est-ce que le contrat jeune majeur ?

La protection des jeunes majeurs s’adresse aux mineurs émancipés et aux jeunes majeurs âgés de dix-huit à vingt et un ans ayant des difficultés sociales susceptibles de compromettre gravement leur équilibre et en particulier quand le soutien familial fait défaut [1]. Pour les conduire vers l’autonomie, l’ASE établit un contrat avec eux, autour d’un projet réaliste et concret. Nous pouvons accompagner les jeunes jusqu’à leur vingt et un ans si nécessaire, en renouvelant le contrat plusieurs fois. La durée varie en fonction du jeune. Un contrat plus court permet le réajustement du projet, de l’adapter au rythme du jeune et d’affiner ainsi l’accompagnement. Pour moi, ce document est un outil très utile. Il me permet de faire régulièrement le point avec le jeune, d’observer où nous en sommes par rapport aux objectifs initiaux et, éventuellement, de redéfinir le projet.

Comment s’élabore-t-il ?

D’après la loi, la protection du mineur se termine à l’âge de la majorité. Elle nous permet cependant de soutenir ces jeunes adultes à l’entrée de leur majorité et de les accompagner dans leur insertion. Ce sont eux qui deviennent demandeurs, et non plus l’institution. Ils doivent se sentir demandeurs ! Je tâche de bien le leur faire comprendre et de les accompagner dans ce sens. Pour cela, ils doivent formuler une demande et l’adresser à l’ASE. Il s’agit de définir en quoi ils ont besoin d’aide pour réaliser leur projet. Un éducateur référent les accompagne pour qu’ils puissent se projeter dans l’avenir. Nous les sensibilisons dès leur dix-sept ans. Déjà, durant leur minorité, nous leur signalons qu’ils ont des droits et des devoirs. C’est d’autant plus vrai lorsqu’ils ont dix-huit ans.

Que couvre cet accord ?

En premier lieu, le contrat s’intéresse à la formation du jeune. Généralement, nous n’avons pas de problème pour la prise en charge, du moment que le cursus choisi correspond aux capacités du demandeur et qu’il s’inscrit dans une continuité. Mais cela suppose une obligation de moyens de sa part. Il s’agit pour lui d’aller, par exemple, à la mission locale et établir un projet d’insertion. L’ASE peut par exemple financer des inscriptions pour des formations en alternance. Le travail d’autonomie par le logement représente une partie importante du contrat. Pour permettre aux jeunes d’accéder à un logement autonome, nous sommes de plus en plus amenés à leur proposer d’intégrer des foyers de jeunes travailleurs, ceci au regard de la pénurie et du coût de logement, ainsi que de leur isolement. L’éducateur dans le cadre du contrat offre aussi un lieu de parole et de médiation, ce qui est important quand le jeune vit des souffrances familiales. Les maisons d’enfants à caractère social accueillent prioritairement les mineurs mais peuvent continuer à les accompagner à leur majorité.

Que se passe-t-il en fin de contrat ?

L’idéal serait que les jeunes puissent accéder à un studio et gagnent assez d’argent pour être autonomes. Or ce n’est pratiquement jamais le cas. Dans les Bouches-du-Rhône, ils peuvent bénéficier d’une prime d’installation de 900 euros pour emménager dans un logement « autonome « . Pour leurs études, lorsqu’elles durent plus longtemps que le CJM (mais c’est rare), nous les dirigeons préalablement vers d’autres dispositifs, par exemple : mission locale, ANPE, insertion, organismes HLM, bourses Fondation de France, organismes caritatifs ou autres. Ce sera sans doute le cas d’une jeune que nous suivons et qui vient de réussir le concours d’entrée à l’école d’éducateurs. Concernant les bourses de l’Éducation nationale, elles sont automatiquement demandées ; le contrat jeune majeur s’ajoutant aux dispositifs de droit commun.


[1D’après l’article L-221-1 du code de l’action sociale et des familles, les jeunes majeurs concernés sont ceux âgés de moins de 21 ans « confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre ». La loi du 7 mars 2007 (art.13) rappelle que « cette mesure prend la forme d’un contrat conclu entre l’intéressé et le département et repose sur des engagements réciproques ».


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