N° 1167 | du 9 juillet 2015

Faits de société

Le 9 juillet 2015 | Marianne Langlet

Un Phare en pleine tempête

Établissement jusqu’alors sans histoire, la Maison du Phare accueille des personnes handicapées mentales. L’association et six des neuf établissements qu’elle gère traversent aujourd’hui une crise sans précédent. Salariés et familles alertent toutes les instances possibles.

Deuxième appel à la grève en un mois. Le 26 juin les salariés de la Maison du Phare ont manifesté devant l’Hôtel du département. Située à Neully-sur-Seine, cette association de parents d’enfants inadaptés (APEI) compte neuf établissements et accueille 350 personnes handicapées mentales et psychiques. Ces salariés dénoncent «  la crise majeure et inédite » que traversent six de ses établissements. La crise a éclaté en mars dernier après le licenciement brutal et inexpliqué de deux cadres, le directeur du pôle hébergement, professionnel apprécié de l’équipe et des résidents depuis 37 ans, et la chef de service du centre d’initiation au travail et aux loisirs (CITL), qui travaillait là depuis 13 ans. «  Nous réalisons aujourd’hui que notre directeur faisait tampon depuis un moment et que son départ a fait sauter une protection de l’institution vis-à-vis d’une présidence déconnectée du terrain, méprisante du travail des professionnels, qui se présente comme gestionnaire d’entreprise  », témoigne une éducatrice, membre du collectif des salariés.

Un collectif qui a décidé de briser le silence. Il a alerté le conseil départemental, l’Agence régionale de santé et, tout récemment, le ministère de la Santé qui promet une réponse de la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées, Ségolène Neuville, après «  un examen approfondi  » de la situation. Les salariés demandent «  l’arrêt de décisions radicales et soudaines prises par le bureau de l’association dans un huis clos inquiétant et dangereux  ». Ils dénoncent un «  management basé sur du contrôle abusif  », des injonctions contradictoires qui ont poussé de nombreux professionnels à l’arrêt maladie, des décisions rigides au détriment de la qualité d’accompagnement, voire de la sécurité, des personnes accueillies. Ils alertent notamment sur le vieillissement des résidents qui nécessitent de plus en plus de soins infirmiers. Une convention avec l’Anssiad, une association de soins infirmiers à domicile, était possible, entièrement prise en charge par l’ARS. Elle a pourtant été refusée, sans explication, par la présidence de l’association. Une situation jugée «  catastrophique  » par un parent, membre du collectif de parents constitué pour faire face à cette crise.

Dialogue rompu

«  C’était un foyer modèle. L’ambiance y était très bonne et la direction très humaine. En quelques mois, en raison d’un conflit personnel entre la présidence de l’association et le directeur du pôle hébergement, tout a basculé  ». La cause : depuis un an et demi, le président de l’association impose, à l’un des foyers, de garder inoccupée la chambre de son fils, hospitalisé. «  Nous avons des listes d’attente énormes, nous refusons des personnes alors que nous aurions pu faire des accueils temporaires de trois mois sur cette chambre  », dénonce une éducatrice qui ne trouve pas normal que l’association ait pris tout le pouvoir sur les admissions et ne consulte plus l’équipe. Un exemple du manque de considération des pratiques professionnelles. «  Nous avions une souplesse d’horaires qui nous permettait de dépasser nos heures habituelles si, par exemple, un résident devait être accompagné chez le médecin ou si une personne n’allait pas bien et que nous jugions bon de rester un peu plus longtemps, le soir, avec elle. Nous rattrapions ces heures ensuite. Aujourd’hui, nous n’en avons plus le droit  » témoigne un salarié, membre du collectif.

Le collectif des familles demande «  un médiateur pour tenter de recoller les morceaux entre les éducateurs, en qui nous avons toute confiance, et l’association parce que la rupture est profonde  », explique un parent. Le 22 juin, ce collectif a reçu un courrier de l’association leur annonçant la nomination prochaine d’un «  facilitateur  ». Aucune info aux salariés qui de leur côté ont demandé la tenue d’un CHSCT extraordinaire. Il a conclu à la nécessité d’une expertise sur les risques psycho-sociaux. La présidence de l’association, malgré plusieurs sollicitations, n’a pas souhaité répondre à nos questions. Un silence criant.