N° 1141 | du 15 mai 2014

Faits de société

Le 15 mai 2014

Travail social : un métier au féminin et à temps partiel

Joël Plantet

Reconnaîtra-t-on un jour les travailleurs sociaux à leur juste valeur ? Paient-ils le prix de leur trop grande discrétion ? Censés combattre les inégalités, ils les subissent à l’intérieur même de leurs structures.

Les travailleurs sociaux sont (mal) payés pour le savoir : leur secteur est l’un des moins rémunérateurs et les salaires y sont faibles. Mais la récente enquête de la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) apporte aussi quelques enseignements concernant les (fortes) disparités entre secteur public et privé, mais aussi entre les différents secteurs.

Les métiers de l’accompagnement social et médico-social concernent 6, 7 % des actifs, soit 1, 7 million de salariés. La plupart sont des femmes, le plus souvent à temps partiel (plus de 83 % dans le public, 78,5 % dans le é). Le secteur est en croissance : la décennie 2000 – 2010, par exemple, a vu bondir l’emploi dans les structures privées de 50 %. Les salariés sont plus âgés dans l’aide à domicile (âge médian : 44 ans pour le privé, 45 ans pour le public) ; la petite enfance compte le plus grand nombre de personnes de moins de 25 ans et la moitié de ses salariés ont moins de 35 ans. Les moins de 25 ans représentent aussi une part importante de l’emploi du secteur des personnes âgées.

Le salaire horaire des femmes est inférieur à celui des hommes de 6,1 %

Les chiffres sont clairs : les salaires moyens sont de 1542 € pour le secteur public, 1400 € pour le privé, avec, en queue de peloton, l’aide à domicile et l’accueil des jeunes enfants (avec une majorité écrasante de salariées). Mais l’éventail des salaires est plus large dans les établissements privés que dans fonction publique où les inégalités subsistent, sous forme par exemple de temps partiels largement répandus et de contrats à durée indéterminée moins présents que dans le salariat global.
 Le temps partiel, note la DREES, est « plus fréquent dans le secteur privé, où il concerne un peu moins d’un salarié sur deux contre 30 % dans le public et un salarié sur cinq pour l’ensemble de l’emploi en France » ; est particulièrement important les secteurs de l’aide à domicile et de l’aide par le travail.

D’autres écarts émergent, concernant les revenus salariaux des hommes ― quoique largement minoritaires, sauf dans le secteur de l’aide au travail ― et des femmes, mais aussi leurs disparités en terme de qualification et de répartition des postes les plus qualifiés. « Dans les établissements publics, à âge, type de contrat, condition d’emploi (temps complet ou partiel), secteur d’activité et catégorie professionnelle identiques, le salaire horaire des femmes est inférieur à celui des hommes de 6,1 % », souligne la DREES.
Le secteur frappe par sa grande hétérogénéité. Dans les secteurs de l’accueil et de ’hébergement des enfants en difficulté et des enfants handicapés, les salariés sont plus qualifiés. À l’inverse, ils le sont moins dans le secteur de l’aide par le travail, constitué à , 4 % d’ouvriers (dont les travailleurs en situation de handicap).

L’Uniopss avait, de son côté, dressé un tableau des emplois du secteur : il y est confirmé la surreprésentation des femmes et la très forte proportion de salariés à temps partiel. Y apparaissait en outre le vieillissement des salariés (dont la moitié a plus de 46 ans)…