N° 756 | du 9 juin 2005 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 9 juin 2005 | jacque

Travail de rue et personnes à la marge

Sous la direction de Serge Escots


éd. érès, 2005 (192 p. ; 13 €) | Commander ce livre

Thème : Exclusion

Ils sont un certain nombre à Toulouse, à intervenir auprès des personnes vivant dans la rue : professionnels et bénévoles, lieux d’accueil pour sans domicile fixe et intervenants choisissant d’aller à la rencontre du public là où il vit, intervention plutôt sanitaire ou plutôt sociale etc. De septembre 2000 à juin 2001, ils ont croisé leurs regards, confronté leurs expériences, comparé leurs motivations et interrogé leurs éthiques, au cours de neuf rencontres qui ont trouvé leur expression dans ce petit ouvrage qui rend compte au plus près de ce qui se passe sur le terrain. La modernité tend à réduire la rue à des espaces de circulation. L’irruption d’un espace privé dans un espace public en trouble inévitablement l’ordre et l’agencement.

Même si de nouvelles populations ont fait de la rue leur espace vital, le phénomène n’a rien de très contemporain. Le travail de rue a même été à l’origine des pratiques de la prévention spécialisée. Et l’on retrouve bien des points communs entre les orphelins de 1950 et les jeunes errants de l’an 2000. Et pour commencer, d’être contraint, après avoir subi des ruptures familiales et sociales, à vivre en microsociétés des pairs. On retrouvera sans doute aussi des constantes dans ces histoires faites de carences et de cassures affectives, sentimentales, éducatives, professionnelles, dans ces alternances entre la rue, la prison et la psychiatrie, dans ces souffrances infinies tant psychiques que physiques.

Travailler dans la rue, c’est d’abord savoir prendre en compte les particularités du public qui y vit. C’est inverser l’ordre de la demande, en ne faisant pas que l’attendre : cet autre à qui l’acteur s’adresse ne le sollicite pas d’emblée et peut même le rejeter ponctuellement. Il faut s’inscrire dans le long terme, en se contentant parfois d’actions sans lendemain. Faire une offre, expose toujours au risque de subir un refus. L’espace relationnel que l’on propose, la personne est libre de s’en emparer ou non. Une esquisse de rencontre, une tentative pour entrer en contact, quelques paroles, un regard reçu ou donné, se tenir là dans le même espace : c’est parfois peu et cela peut en même temps représenter tant !

C’est aussi se montrer disponible pour écouter et observer, sans jugement et avec discrétion. La relation peut alors s’instaurer en l’absence de conseils d’expert, de valeurs moralisantes, de charité ou de condescendance, avec comme simple objectif, celui de restaurer la dignité de l’autre. Ne rien solliciter chez lui, mais partir de son discours pour essayer de constituer en commun une réponse qui soit en accord avec ses aspirations. Tout dépend si on le réduit à son problème en le transformant en victime passive ou si l’on va à sa rencontre en le considérant comme sujet capable de prendre des responsabilités.


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