N° 1110 | du 20 juin 2013

Faits de société

Le 20 juin 2013

Toxicomanie : une jeunesse plus défoncée ?

Joël Plantet

Toutes les observations convergent : la consommation de drogues – licites, illicites – est en hausse chez les jeunes, et de nouveaux phénomènes inquiétants sont apparus.

Le plan gouvernemental de lutte contre les addictions à venir se nourrit de divers rapports, tel celui de la mission interministérielle de lutte contre les drogues et la toxicomanie (Mildt), récemment remis au gouvernement. Plutôt alarmant : les consommations de tabac, d’alcool, de cannabis et des drogues synthétiques augmentent ; le binge drinking (alcoolisation massive pendant une soirée) est en plein essor, notamment chez les filles et les étudiants, et laisse craindre « un problème majeur, à venir, de santé publique ».

Les 15-30 ans sont sévèrement touchés par un tabagisme et une consommation d’alcool excessifs, selon les chiffres du Baromètre santé de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) dont le rapport, intitulé Comment se portent et se comportent les jeunes, a été rendu au début du mois. Les dommages sociaux liés à l’alcool sont peu connus du grand public, alors qu’ils représentent 25 % des condamnations prononcées en France (violences sexuelles, intrafamiliales, infractions à la sécurité routière…).

La consommation de tabac, qui avait diminué au milieu des années 2000, est repartie à la hausse, notamment chez les jeunes hommes de 15 à 19 ans (26, 5 % fumaient en 2010 contre 24 % en 2005) ; les lobbies du tabac y sont grandement pour quelque chose, avec leurs nouveaux packagings et leurs slogans anglés sur les notions de rébellion et de liberté…

Un jeune de 15-16 ans sur quatre et 44 % des jeunes de 15 à 30 ans ont consommé du cannabis, chiffre propulsant la France à la première place européenne. Aujourd’hui, 5 % des adolescents de 17 ans présentent des risques de dépendance. L’extension de la culture locale du produit est également observée.

73 nouveaux produits de synthèse vendus sur Internet détectés en 2012

Autre problème, la « dette de sommeil » (décalage de plus d’une heure et demie entre le besoin et la réalité), concerne un quart des jeunes. 14 % d’entre eux sont insomniaques, ce taux montant à 19 % chez les filles. Globalement, le temps de sommeil reste très insuffisant chez les 15-30 ans, en diminuant avec l’âge ; L’Inpes établit un lien entre manque de sommeil, dépression et autres comportements à risques.

Fin mai, enfonçant le clou, l’observatoire français des drogues et toxicomanies insistait aussi sur la progression des addictions chez les jeunes. Soixante-treize nouveaux produits de synthèse, sous forme de substances psycho-actives abondamment vendues sur Internet, ont été détectés en 2012, et la consommation festive a le vent en poupe. De même, la consommation de cocaïne est en hausse.

L’usage de drogues illicites reste d’ailleurs historiquement élevé en Europe : un marché en pleine mutation, « plus fluide et plus dynamique », et une grande diversité de produits de synthèse pourraient expliquer le phénomène. Les 15-16 ans figurent parmi les plus grands consommateurs d’Europe d’ecstasy, de cannabis, de cocaïne et d’amphétamines.

L’observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT) redoute une corrélation avec un chômage croissant, dans son rapport rendu lui aussi fin mai. L’institution prône la mise en place de traitements pour les usagers de drogues comme « une solution politique rentable, même en période d’austérité économique ». Un nouveau référentiel de santé publique, plaide l’Inpes, pourrait encourager une politique pragmatique prioritairement axée sur la réduction des dommages et sur la prévention ; de même, une conférence de consensus sur le sujet réunirait les services de santé, de police et de justice. Enfin, des « états généraux des addictions » pourraient déboucher sur une loi d’orientation.