N° 1018 | du 12 mai 2011

Critiques de livres

Le 12 mai 2011 | Katia Rouff

Toi et moi on s’appelle par nos prénoms

Le Papotin


éd. Fayard, 2011 (261 p. ; 15 €) | Commander ce livre

Thème : Autisme

« Zinedine Zidane, est-ce que ça te gênerait si on te demandait combien tu gagnes en francs ? », interroge Nathanaël. « Oui, parce que ce sont des choses personnelles », répond le champion. « Moi, j’aime bien convertir en lires, c’est pour ça que je te demande  », précise le journaliste atypique. Étonnantes, décalées, poétiques, fulgurantes, émouvantes, les questions et les commentaires des journalistes du Papotin entraînent des échanges surpris et authentiques. L’équipe de rédaction est constituée d’une vingtaine de rédacteurs autistes âgés de 18 à 45 ans.

Depuis vingt ans, sous la houlette de Driss El Kesri éducateur dans l’hôpital de jour qui les accompagne, ils publient trois numéros annuels pour 6 000 abonnés fidèles. Lors de leur rencontre en 1992, le chanteur et comédien Marc Lavoine est séduit par la liberté qui s’échappe de leurs questions (à André Dussolier : « Est-ce que tu aimes te réenvelopper ? » ; «  Comment te rinces-tu la bouche ? ») et de leurs textes (« La seule raison pour laquelle je pourrais trouver Hitler rigolo, c’est qu’il ressemble à un éclair au chocolat  »). Devenu parrain du Papotin, il a su créer des ponts entre le journal, le monde des artistes puis celui des politiques. Les Papotins ont ainsi pu interviewer Jacques Chirac lorsqu’il était à l’Elysée, Barbara, Simone Veil et bien d’autres.

Pour fêter le vingtième anniversaire de cette aventure, Driss El Kesri et Marc Lavoine publient Toi et moi, on s’appelle par nos prénoms. Le livre propose un ensemble de morceaux choisis d’interviews étonnantes, des poèmes et des textes sur la marche du monde. Les Papotins disent ce qu’ils voient, sentent et ressentent sans artifices et sans agressivité. Pour Driss El Kesri, ce sont « des graines de Don Quichotte aux gestes amples et plein de délicatesse  ».


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