N° 969 | du 15 avril 2010 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 15 avril 2010

Témoignages

Propos recueillis par Katia Rouff

Lionel Frayssinet, aide médico-psychologique en maison d’accueil spécialisée

« J’accompagne au quotidien des personnes vieillissantes présentant des déficiences sévères avec une communication verbale très faible. Pour se faire comprendre, elles utilisent notamment le langage du corps, auquel nous devons être attentifs. Ni psychologue, ni médecin, l’AMP possède toutefois les connaissances de base en psychologie et en médecine. Il essaie de naviguer entre ces deux rives pour trouver un sens au problème du résident. Son attention lui permet de saisir un sourire, de décrypter le sens d’un grognement, celui d’un regard… Il cherche à comprendre ce que la personne dit, ce qu’elle veut, ce qu’elle est. Il joue un rôle de décodage puis il transmet les éléments observés aux autres professionnels afin qu’ils fassent une prescription adaptée. L’équipe utilise nos observations, des éléments que nous collectons pour proposer des idées et des accompagnements pour le projet accompagnement individuel.

Je travaille au sein d’une équipe pluridisciplinaire dans laquelle chacun apporte ses compétences et son regard en fonction de sa formation. J’ai un peu le même rôle que l’aide-soignant mais lui est plus axé sur le soin. Si je suis attentif au soin, je veille aussi à l’aspect somatique. Lorsqu’un résident présente une escarre, par exemple, l’aide-soignant pose un pansement adéquat, l’AMP cherche à comprendre le sens de cette lésion et il étudie éventuellement les solutions pour soulager le résident avec l’ergothérapeute (coussin anti-escarre…) L’éducateur spécialisé, lui, coordonne et anime l’équipe, sous la responsabilité du chef de service. Avec un regard davantage axé sur l’éducatif, et à partir des données que nous lui apportons, il détermine les actions à mettre en place pour accompagner au mieux les résidents. Nous travaillons dans un respect mutuel et aucun professionnel n’est sous-estimé. Notre rôle est parfois subtil, nous ne comprenons pas toujours ce que le résident cherche à nous dire, mais lorsqu’il retrouve le sourire, lorsque nous arrivons à le soulager, nous retirons les bénéfices de notre travail. »

Pascal Vélasco, aide médico-psychologique en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad)

« Après avoir travaillé dix-huit ans comme AMP dans une maison d’accueil spécialisée, j’ai rejoint un Ehpad. J’ai développé un projet d’accompagnement global à visée thérapeutique pour la personne âgée, découpé en trois axes : la stimulation au quotidien, le maintien des acquis et la communication. Ce projet est développé tout au long de la journée (lever, toilette, moments creux…) et porté par une équipe d’aides soignants, agents de soins et infirmières, tous très impliqués dans leurs missions. J’ai également mis en place un projet d’activités thérapeutiques axé sur la capacité (ou l’incapacité) du résident.

Dans l’atelier mémoire par exemple, je travaille autour de l’histoire de la personne âgée, de sa région, de son pays de naissance et de sa vie. Je réalise un écrit qui sert à l’ensemble de l’équipe. De mon côté, je fais constamment le lien entre ce qui a été dit ou fait dans les activités et dans le quotidien. Durant la toilette, par exemple, si un résident ne va pas bien, j’utilise des souvenirs agréables évoqués dans « un ailleurs » pour l’aider à rebondir. À leur arrivée en Ehpad, les personnes accueillies sont souvent très vulnérables, fragilisées par une rupture avec leur vie d’avant. Elles arrivent après une chute, une perte d’autonomie et leur environnement familial ne peut plus gérer la situation.

C’est le chaos… Nous nous appuyons alors sur ces brèches pour les aider à se reconstruire, entre quotidien et espace d’activités. Les activités de bricolage, d’expression corporelle, la création du jardin ou les sorties à thème sont, entre autre, élaborées afin que chaque résident y trouve sa place, avec ce qu’il est et ce qu’il accepte d’être. Entre le passé perdu et l’appréhension du futur, je dois assurer aux personnes accueillies un présent rassurant et contenant. C’est ma mission pour qu’elles se sentent exister. »

Adeline D, aide médico-psychologique en institut médico-éducatif (IME)

« Notre mission ? Porter une attention particulière à toutes les petites choses du quotidien qui permettent au jeune d’exister : prendre soin de son visage, de ses vêtements ou encore l’accompagner autour de son alimentation. Cette attention est complémentaire à celle des autres membres de l’équipe éducative. Nous prenons en compte la personne de manière individuelle, c’est elle que nous regardons et non son handicap. Je me sens parfaitement reconnue au sein de l’équipe pluridisciplinaire, mon regard est pris en compte, voire attendu par mes collègues. Au sein de l’équipe éducative, chaque professionnel a les mêmes responsabilités, chacun est le référent d’un même nombre de jeunes. Moniteurs-éducateurs et éducateurs spécialisés travaillent comme nous sur le terrain apportant des compétences différentes et complémentaires.

En revanche, malgré la création du diplôme d’Etat, dans certaines situations, le manque de reconnaissance de la part de notre hiérarchie peut s’avérer démobilisant. Il serait dommageable pour la profession que nous soyons uniquement considérés comme de la main-d’œuvre peu onéreuse ! Nous manquons aussi d’opportunités d’évolution et il faut savoir faire sa place pour les demandes de formation. De plus, l’institution dans laquelle je travaille accueille des enfants relevant davantage de structures de soins psychiatriques que d’un IME, sans personnel en nombre suffisant – et notamment des psychologues – pour assurer leur prise en charge. Nous avons alors un sentiment de frustration, l’impression de ne pas pouvoir effectuer un travail éducatif global. Toutefois, cela concerne l’ensemble de l’équipe, pas seulement les AMP. »


Dans le même numéro

Dossiers

AMP : le goût des autres

À l’institut médico-pédagogique (IMP) Marie-Auxiliatrice [2] de Draveil (Essonne), Jocelyne Munier accompagne tout au long de la journée un groupe de quatre enfants souffrant d’une déficience intellectuelle et de troubles du comportement

Lire la suite…

Les AMP ont-ils remplacé les éducateurs ?

Le point de vue de Guy Dréano, vice-président du conservatoire national des archives et de l’histoire de l’éducation spécialisée (CNAHES) et auteur du Guide de l’aide médico-psychologique, éd. Dunod, 1997.

Lire la suite…

L’AMP est reconnue dans la filière éducative

Le point de vue de Philippe Gaberan, formateur et chercheur en travail social, auteur d’ouvrages sur le métier d’éducateur [4]

Lire la suite…

Aide médico-psychologique, un métier en quête de reconnaissance

L’aide médico-psychologique appartient à la filière de l’éducation spécialisée. Son champ d’activité, à la frontière de l’éducatif et du soin, s’est considérablement élargi au fil des réformes. Spécialiste de la grande dépendance, ce professionnel, dont les compétences ne sont plus à démontrer, souhaite que son rôle soit enfin reconnu.

Lire la suite…