N° 974 | du 27 mai 2010 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 27 mai 2010

Témoignage de Christophe Lamazere

Mariette Kammerer

Responsable communication interne et membre de la DRH de SNCF-Voyages, il a reçu deux élèves pour une simulation d’entretien d’embauche.

J’ai trouvé cette initiative très intéressante, et même nécessaire, c’est pourquoi j’ai accepté d’y participer. J’ai reçu deux jeunes, un garçon et une fille entre dix-huit et vingt ans, en BTS électrotechnique et en bac pro de comptabilité. Ils étaient très impressionnés car ils venaient pour la première fois à la Défense.

Ils se sont présentés à l’accueil et je les ai fait attendre un peu pour les mettre en situation. Ensuite, l’entretien a duré une vingtaine de minutes, j’avais leur CV et leur lettre de motivation, et j’ai posé les questions types, puis on a débriefé pendant une heure et demie. Ils ont fait un vrai effort de ponctualité et de tenue vestimentaire. Par exemple, le garçon qui venait pour un poste technique était bien habillé, mais pas en costume-cravate, ce qui aurait été déplacé pour un métier de terrain. Ils ont serré la main, bonjour monsieur, ont regardé droit dans les yeux, ont fait très attention à leur vocabulaire, à la gestuelle : à ce niveau-là ils étaient bien au point.
En revanche, ils ne savent pas se vendre à l’écrit, ça se voit dans leur lettre de motivation. Je leur ai dit qu’il ne suffit pas d’être dévoué, il faut se renseigner sur l’entreprise, dire pourquoi on la choisit, mettre en valeur ses compétences.

De même, dans leur CV, ils n’ont pas indiqué qu’ils font du sport, ou du soutien scolaire, alors que ça les valorise aux yeux d’un employeur. Ce sont des jeunes volontaires, intelligents mais leur horizon est très fermé, ils n’imaginent pas qu’ils peuvent faire autre chose qu’un boulot qu’on leur a imposé, dans une filière qu’ils n’ont pas toujours choisie. Je leur ai raconté mon parcours, ils ont vu que je n’étais pas du tout destiné à devenir cadre dans une grande entreprise et ça m’a plu de leur montrer qu’ils peuvent avoir de l’ambition même s’ils viennent de banlieue. Je pense que ce genre de rencontre est salutaire, toutes les entreprises devraient le faire, et pas seulement pour les gamins de banlieue, car l’école ne prépare pas du tout au monde de l’entreprise.


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