N° 904 | du 6 novembre 2008 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 6 novembre 2008

Suicides dans les prisons : la loi pénitentiaire en sursis

Joël Plantet

Les suicides se succèdent dans les prisons françaises. Les rapports aussi, dépeignant les méfaits de la surpopulation. Des mesurettes sont annoncées. On attend toujours la loi pénitentiaire, seule réponse d’ampleur

Macabre décompte. Fin octobre, un suicide avait lieu dans une prison française, le 92ème depuis le début de l’année. L’observatoire international des prisons (OIP) veut une commission d’enquête, arguant que si le nombre de détenus a augmenté ces dernières années de 5 % (63 185 détenus au 1er octobre pour moins de 51 000 places), le nombre de suicides, lui, a augmenté de 20 %. L’OIP rappelle qu’il y a « sept fois plus de suicides en prison qu’à l’extérieur, et sept fois plus de suicides en quartier disciplinaire qu’en cellule ordinaire ».

Ignorés par leur ministre, les syndicats des 23 625 surveillants de prison (chiffre de janvier 2008) réclament des états généraux. Excédés, ils avaient même appelé au blocage des établissements pénitentiaires à partir du 13 novembre, avant de se raviser, ayant obtenu l’ouverture de discussions sur les conditions de travail des personnels et la situation des prisons (un bilan sera fait le 17 novembre).

Le 20 octobre, au bout de dix ans de combat judiciaire, l’État français était condamné pour avoir privé un détenu dépressif, qui en était décédé, de son traitement médical lors de son incarcération. La famille était indemnisée au titre du « préjudice moral ». Évoquant une « dégradation de la situation actuelle », l’académie nationale de médecine réclamait ces jours-ci « que des décisions soient prises en vue d’une amélioration immédiate de la prise en charge sanitaire des détenus. » Carences graves en termes d’hygiène, absences de permanence médicale la nuit et le week-end, transgression fréquente du secret médical, difficultés d’accès aux diagnostics et soins spécialisés, défaut de prévention et d’éducation à la santé, insuffisance de suivi à la sortie étaient une fois de plus dénoncés et considérés comme « un facteur de récidive ».

Une grille d’évaluation des risque suicidaires spécifique aux mineurs

Un audit de chaque établissement est à l’ordre du jour, et un « bureau d’action sociale » serait créé au sein de l’administration pénitentiaire ; les interphones vont être généralisés… Ridicule ! Que penser de tout cela – de l’ordre du gadget –, alors que la principale réponse, à savoir la loi pénitentiaire censée développer les aménagements de peine et les alternatives à l’incarcération ne sera examinée en première lecture au Sénat… qu’en 2009 ? Non seulement les échéances se voient régulièrement reportées depuis plus d’un an, mais aucune date n’est encore fixée pour son adoption finale.

Au 1er octobre, 697 mineurs étaient détenus. À la suite du récent décès de deux d’entre eux, la Défenseure des Enfants, Dominique Versini, a rappelé que 15 % des mineurs de 11 à 18 ans présentaient des signes inquiétants de souffrance psychique, phénomène vis-à-vis duquel, dans un précédent rapport, elle avait émis quelques préconisations. Pour toute réponse, Rachida Dati prévoit une grille d’évaluation des risques suicidaires spécifique aux mineurs. Seconde mesurette : dorénavant, un magistrat devra expliquer au mineur mis sous écrou les raisons de son incarcération… On croit rêver : en général, un juge qui incarcère un jeune lui dit pourquoi.

En juin, une journée d’action syndicale et associative avait établi un sévère bilan des sept établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM), un an après leur création. La protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) dénonce le faible nombre d’éducateurs, des carences dans la formation, et les difficultés de l’éducation en prison. Le 23 juin, la Ligue des droits de l’Homme et le Syndicat de la magistrature avaient demandé, dans une tribune publiée dans Libé, leur fermeture et le redéploiement de leur budget vers des mesures éducatives.