N° 1109 | du 13 juin 2013

Faits de société

Le 13 juin 2013

Sous les coups, les femmes

Joël Plantet

L’arsenal de lutte s’élargit contre les violences, le plus souvent domestiques, faites aux femmes. Une panoplie d’outils se met en place et le travail social est sollicité.

En deux ans, 400 000 femmes ont été victimes de violences conjugales et 112 ont succombé sous les coups de leur compagnon ou ex-compagnon pour la seule année 2011. Fin mai, la ministre des Droits des femmes annonçait son intention de « libérer la parole » de celles qui portent trop rarement plainte – seulement dans un cas sur dix –, alors que globalement, 10 % des femmes sont concernées. Dans plusieurs départements, une expérimentation sera menée, ayant pour objectif la généralisation en début d’année prochaine, d’un téléphone grand danger.

Actuellement, cinq départements en sont pourvus – la Seine-Saint-Denis, le Bas-Rhin, Paris, le Val d’Oise, depuis fin mai, l’Eure – et bientôt la Guadeloupe. Initialement lancé en Seine-Saint-Denis, le dispositif, muni d’un système de géolocalisation, permet de mettre en relation, par une simple touche, une victime de violences avec un professionnel censé l’orienter. Au total, une centaine de ces téléphones portables d’alerte – financés pour moitié par les départements, pour moitié par l’État – seront mis en place d’ici la fin de cette année.

D’autres mesures sont prévues : campagne d’information annuelle, numéro unique gratuit d’écoute et d’orientation (39 19, qui remplacera plusieurs lignes de différentes associations), formation des professionnels aux spécificités de ces violences (policiers et gendarmes notamment), prise en compte des mains courantes avec « l’instauration d’un suivi pour que les victimes puissent être recontactées par un travailleur social »… L’accueil doit être amélioré : les intervenants sociaux en commissariat et gendarmerie (ISCG) doivent voir leur nombre passer de 179 actuellement à 350. Enfin, les femmes en situation irrégulière, victimes de violence, verront leurs démarches facilitées, y compris pour l’obtention d’un permis de séjour.

La situation semble lentement s’améliorer

Le projet de loi que présentera en juillet au conseil des ministres Najat Vallaud-Belkacem sur l’égalité hommes-femmes (débattu en septembre prochain au Parlement) consacrera un de ses quatre volets à la lutte contre les violences faites aux femmes. Le suivi des auteurs de violences y sera abordé, de même que l’éloignement systématique du domicile conjugal du conjoint violent ; les subventions aux associations les prenant en charge pendant le suivi judiciaire devraient également augmenter.

La situation semble lentement s’améliorer : au premier trimestre de cette année, 90 % des procédures pour violences conjugales ont été judiciarisées, soit par un dépôt de plainte, soit par une main-courante ou un procès-verbal de renseignements judiciaire. Le département de l’Allier a inauguré, il y a peu, un observatoire départemental des violences faites aux femmes, deuxième du genre après celui de Seine-Saint-Denis. Le dispositif permet de coordonner les actions, de renforcer la sensibilisation, d’élaborer des protocoles de prises en charge, de synthétiser et analyser les données chiffrées.

Lancé le 30 mai, décerné par le Forum français pour la sécurité urbaine (FFSU) et par le comité interministériel de prévention de la délinquance (CIPD), le « prix Prévention de la Délinquance 2013 » va récompenser (de 10 000 €) un organisme luttant contre les violences intrafamiliales, exercées au sein du couple et à l’encontre des mineurs et des ascendants de la cellule familiale, « dont les effets physiques et psychologiques sont ravageurs ». Il s’agit de donner une visibilité nationale et européenne aux actions de prévention menées. Le gagnant représentera ainsi la France au prix européen de prévention de la criminalité, en décembre 2013.