N° 800 | du 8 juin 2006 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 8 juin 2006

Solidarité internationale : Nos concitoyens Roms

Joël Plantet

Dans le cadre d’une campagne d’éducation au développement et à la solidarité internationale, trois réseaux présentent actuellement une exposition pédagogique qui retrace un itinéraire migratoire spécifique : celui des Roms. Qui devraient, dès l’an prochain, intégrer l’Union européenne

En mai 2004, l’Union européenne intégrait la Tchéquie, la Slovénie, la Hongrie et quelques autres, l’arrivée de la Bulgarie et de la Roumanie étant prévue pour l’année prochaine. Tony Gatlif, dont le film Transylvania sortira sur les écrans le 4 octobre, estimait à Cannes qu’« elle [la Roumanie] le vaut : elle est riche, superbe ». Or, la Roumanie compte 24 millions d’habitants, dont 10 % sont Roms. Mais, au fur et à mesure des siècles derniers, ceux-ci se sont trouvés discriminés, voire réduits en esclavage ; les nazis avaient décidé leur extermination en 1940 (un demi-million d’hommes, femmes et enfants périront dans les camps de la mort). Plus récemment, au début des années 1990 — à la chute du mur de Berlin —, des mouvements nationalistes ont émergé, avec persécutions systématiques.

Née en 1971, une organisation mondiale composée de Roms de différents pays, l’Union romani internationale, avait adopté un drapeau et un hymne (« Gelem, gelem », « J’ai marché, j’ai marché ») et demandé que la terminologie Rom se substitue aux différents termes employés souvent péjorativement, tels que « bohémien », « manouche », « gitan », « tsigane » ou « romanichel ».

En France, entre 280 000 et 320 000 personnes sont administrativement recensées en tant que « gens du voyage » ; parmi elles, une majorité est considérée comme d’origine rom, mais beaucoup d’autres ne sont pas comptabilisées, bien que présentes de longue date sur le territoire français. Les comités de soutien et associations travaillant auprès des Roms en France témoignent régulièrement des discriminations dont ceux-ci restent victimes au quotidien : expulsions des terrains qu’ils occupent, stigmatisations diverses, énorme retard pris dans l’application de la loi Besson (2000) obligeant les communes de plus de 5000 habitants à créer des aires d’accueil, problèmes de sécurité et de santé dans les bidonvilles, etc. Un droit au travail exceptionnellement accordé — rares sont ceux à obtenir un droit d’asile —, une assurance maladie improbable, mais aussi des expulsions dans des conditions indignes vers les pays d’origine. Rappelons que le ministre de l’Intérieur a fixé, dans une déclaration aux préfets en septembre 2005, l’objectif de 25 000 expulsions de migrants irréguliers dans l’année. Mais, même expulsés, les Roms finissent par revenir dans un délai de trois à six mois : Médecins du monde estime ainsi que depuis 2003, le nombre de Roms vivant en Ile-de-France n’a pas diminué, malgré les expulsions.

Les Roms victimes d’une « discrimination structurelle grave », selon le Parlement européen

En février 2006, le gouvernement roumain prenait des ordonnances incitant leurs ressortissants à rentrer au pays, sans confiscation de passeport. Reste que l’intégration par le logement y demeure problématique, la mortalité infantile atteint un taux alarmant (20, 43 décès pour 1000 naissances, contre 4,2/1000 en France), l’offre de soins y est très insuffisante… Le chômage des Roms est bien plus élevé que pour la moyenne de la population, et un Rom touche en moyenne 12 lei (34 €) par mois alors que le salaire minimum national est du double. La moitié de la population seulement dispose d’installations sanitaires et d’un accès à une eau de qualité. Les efforts de scolarisation des enfants roms se heurtent au rejet et aux préjugés tenaces subis par ces familles considérées comme désintéressées par l’éducation de leurs enfants…

Quelques initiatives européennes sont apparues, finançant des campagnes de communication bilingue (romani/roumain, tchèque ou hongrois) ou luttant contre la ségrégation. Le 28 avril 2005, le Parlement européen avait même adopté une résolution sur « la discrimination structurelle grave, la pauvreté et l’exclusion sociale » dont sont victimes les Roms. Créé en 2000, le collectif Romeurope regroupe associations de défense des droits et comités de soutien locaux. Organisation juridique internationale d’intérêt public, le centre européen des droits des Roms est engagé dans diverses actions de lutte contre le racisme. À l’initiative de la Finlande, un forum européen des Roms et gens du voyage a passé un accord de partenariat avec le Conseil de l’Europe en décembre dernier…

Opre Roma ! (« Debout les Roms ») est une exposition de seize panneaux (60 x 80), accompagnée d’un livret de 36 pages, réalisée par la Ligue des droits de l’homme (LDH), Médecins du monde et Solidarité laïque [1]. Quatre tranches thématiques — « Qui sont les Roms ? », « Les conditions de séjour et les droits des Roms migrants en France », « Le retour des Roms en Roumanie » et « Initiatives européennes de solidarité et d’intégration des Roms » — peuvent aider l’animateur à construire sa séance en utilisant ce découpage par parties ou en gardant le fil rouge de l’itinéraire du migrant. A priori conçue pour un public scolaire lycéen, elle peut évidemment s’adapter à d’autres publics : maisons de quartier, associations, centres de loisirs, maisons de solidarité, centres sociaux…


[1L’expo peut être achetée (42 €) à l’association La Case - BP 106 - 95400 Villiers-le-Bel