N° 1222 | du 6 février 2018

Faits de société

Le 6 février 2018 | Marianne Langlet

Social start-up

Thème : Politique sociale

Le lancement d’un accélérateur d’innovation sociale, promesse de campagne d’Emmanuel Macron, confirme un changement de paradigme vis-à-vis du monde associatif et de l’action sociale.

Les entrepreneurs sociaux ont désormais leur label : #French Impact, sur le modèle de la French Tech pour les start-up. Ce 18 janvier, Christophe Itier, Haut commissaire à l’économie sociale et solidaire, lançait l’accélérateur d’innovation sociale porteur de ce label. Il veut mobiliser en cinq ans, un milliard d’euros d’investissements publics et privés ; l’investissement à impact social (lire LS n° 1213) sera l’un des outils de financement proposé.
Mot clé de la matinée : le changement d’échelle. Un appel à projet, lancé ce même jour, sélectionnera entre 10 et 15 « pionniers French impact », « ayant démontré leur robustesse et leur impact social ». « On les portera à l’échelle sur les prochaines années pour faire en sorte qu’elles fassent fois dix, fois cent, pour qu’elles deviennent des solutions nationales », affirme Christophe Itier.
L’Uniopss, par la voix de Morgan Dor, sa conseillère ESS, trouve positive « la volonté de rassembler plein de dispositifs épars pour les regrouper sous la même bannière » mais s’interroge sur le sens donné au « changement d’échelle ». « Il ne faudrait pas que cela devienne une injonction car toutes les associations n’ont pas vocation à grossir et grandir, certaines sont nécessairement petites, locales pour être au plus près des besoins. Il faut être vigilant à ne pas tomber dans une industrialisation du dispositif qui le vide de son sens. »

Changement de culture

L’accélérateur défend le modèle entrepreneurial, pour lui plus efficace que celui de l’association ou des pouvoirs publics. Cette approche présente l’innovation financière comme une innovation sociale, abolit la frontière entre le lucratif et le non lucratif, valorise l’entreprise individuelle pour répondre à des missions de service public. Avec cet accélérateur, c’est une nouvelle vision, néolibérale, de l’action sociale qui est défendue, portée par une novlangue farcie d’anglicismes. Ce 18 janvier, la maîtrise de ce nouveau vocabulaire était indispensable pour comprendre la présentation des modèles du genre : l’association Jobready qui veut valoriser les « soft skills » (compétences) acquises par des petits boulots, bénévolats, stages divers, des jeunes sans emploi ; Wimoov et ses 25 plateformes de conseil, diagnostic, coaching mobilité pour des personnes en situation de fragilité ; Goodjob, présenté comme le BlaBlaCar de l’emploi, porté par un jeune « sérial entrepreneur » tout droit revenu de la Silicon Valley où souffle « une vraie tendance de fond du social impact, c’est le give back » (donner en retour), a-t-il assuré.
Grâce au fort lobbying de Jean-Marc Borello, président du groupe SOS, et Christophe Itier, tous deux proches d’Emmanuel Macron et investis de missions par le Président, l’entreprenariat social est devenu très tendance. Il est même considéré comme un vecteur d’« innovation sociale » ringardisant l’association classique.
Face à ce changement de culture assumé, le secteur associatif reste prudent. Florent Gueguen de la FAS salue la volonté d’investir dans l’économie sociale et solidaire mais interroge : « Quels seront les bénéficiaires in fine de cet accélérateur ? Les conditions posées pour en bénéficier – avoir une activité bien installée, un modèle robuste, mesurer son impact social – s’adressent à des entrepreneurs sociaux déjà solides. » Loin des petites et moyennes associations, pourtant elles aussi « innovantes ».