N° 744 | du 10 mars 2005 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 10 mars 2005

Se préoccuper autrement du sida en 2005

Joël Plantet

Une déclaration en « grande cause nationale » devrait être un geste politique qui engage le gouvernement. Qu’en sera-t-il ? Chaque mois, les associations de lutte contre le sida organiseront en tout cas des événements-phares pour mettre en lumière les multiples enjeux de l’épidémie. La prévention est au centre des préoccupations

“La diffusion n’est pas enrayée et progresse dans notre pays […] une nouvelle mobilisation est nécessaire, avec relance des démarches de prévention » avait reconnu Raffarin en déclarant, fin novembre dernier, Grande cause nationale 2005 la lutte contre le sida [1]. Justement, « nous voudrions que les pouvoirs publics s’impliquent, qu’ils ne nous « refilent » pas la cause du sida », ont espéré les responsables associatifs, présentant leurs projets à la presse fin janvier à la Sorbonne : associations (Aides, Élus locaux contre le sida, Sida info service, Sidaction, Solidarité sida…), réseau de centres régionaux d’information et de prévention (Crips) et, en qualité de membres associés, Act-Up, fédération des hébergements VIH et Société française de lutte contre le sida (SFLS).

De nouveau, ils alertent : « Yrop nombreux sont ceux qui considèrent le sida comme une “simple” maladie chronique dont on ne meurt plus », alors que 150 000 personnes sont touchées par le virus en France. L’Institut national de veille sanitaire (INVS) a récemment dénombré 6 000 personnes séropositives entre le début de l’année 2003 et la fin du premier trimestre 2004, et plus de 1 300 nouveaux cas de sida, dont 43 % affectent des femmes. À noter tout de même une bonne nouvelle : l’épidémie est « quasiment maîtrisée », selon le même institut, chez les usagers de drogues. Avec 11 % des personnes séropositives, ceux-ci deviennent très minoritaires parmi les nouveaux diagnostics en 2003/2004.

Mois après mois, plusieurs actions vont se décliner. En janvier, quelques personnalités du monde politique, associatif, économique et culturel se sont médiatiquement rendues dans des centres de dépistage anonyme et gratuit (CDAG). Piloté par l’union nationale des associations de lutte contre le sida (Unals), le mois de février a été consacré à la place des malades dans la société, avec rédaction de fiches sur la prison, la sexualité, l’emploi, le logement ou l’assurabilité [2] ; le mois de mars à la lutte contre la vulnérabilité des femmes (elles ont trois à huit fois plus de risques d’être contaminées que les hommes) ; les trois premiers jours d’avril seront destinés à recueillir des fonds pour la recherche ; au mois de mai : développement de la prévention, dans tous les lieux fréquentés par les jeunes ; juin (sida et homosexualité), juillet (solidarité Nord-Sud) et août (risques de contamination en vacances, prévention).

Ces différentes initiatives se veulent l’occasion de « susciter une remobilisation d’ampleur ». Pendant les derniers mois de l’année, la lumière sera davantage mise sur l’impact du sida chez les migrants, la lutte contre les discriminations (avec un congrès, les 6 et 7 octobre à Saint-Malo), les rapports entre l’épidémie et la drogue et, en décembre, la solidarité avec les personnes touchées, donnant lieu à une série d’événements médiatiques et grand public.

Six mesures prioritaires

Les associations ont décidé de mettre l’accent sur six points jugés prioritaires : la France devrait, dans le cadre de cette année emblématique, aligner sa mobilisation financière sur celle du leader européen, la Grande-Bretagne, la comparaison engendrant un certain malaise (130 millions d’euros pour l’Hexagone contre 700 millions d’euros pour nos voisins). Par ailleurs, la lutte contre les discriminations à l’encontre des personnes touchées (exclusion des prêts à la consommation ou à l’acquisition immobilière, par exemple, ou discriminations au travail) doit passer à une vitesse supérieure : création d’un fonds de garantie prenant en charge les surprimes des assurances, mais aussi mise en place d’un mécanisme de régulation transparent pour établir celles-ci.

La prévention des contaminations étant qualifiée d’urgente, il est proposé que soit envisagée « une politique massive de prévention » passant par l’école, les prochaines réformes de Fillon pouvant intégrer des modules relatifs à la vie affective et sexuelle dans le « socle commun de connaissances ». Les pouvoirs publics doivent également consacrer de puissants investissements financiers pour les départements français d’Amérique (Guyane, Martinique et Guadeloupe), les plus touchés par l’épidémie. De même, les migrants, une des populations les plus concernées, doivent se voir protégés par l’accès à la couverture médicale universelle.

Enfin, l’attention des chercheurs est réclamée sur un certain nombre de points : effets indésirables et interactions entre médicaments, adaptation des doses de médicaments au métabolisme des femmes, risque d’ostéoporose…

D’autres initiatives, plus ou moins poétiques, commencent à fleurir. Sur le plateau du Sidaction, en 1994, la comédienne Clémentine Célarié avait embrassé un jeune homme séropositif, pour dénoncer la stigmatisation. Onze années après, celle-ci sévissant toujours, il a été décidé d’organiser un nouveau baiser solidaire, collectif, et d’en faire un clip (réalisé par Patrice Leconte, diffusé au prochain Sidaction 2005). Un tournage un peu spécial a donc eu lieu le 28 février dernier, dans une banlieue parisienne, l’idée étant de propager ce baiser porteur de message par une kyrielle de personnes, célèbres ou anonymes, séropositives ou non.

« La reprise de la pandémie, et notamment chez les précaires, nous place-t-elle en première ligne pour affronter ce fléau social et médical ? », s’interroge pour sa part l’école de formation Buc Ressources [3] qui organise, le 26 avril, une journée sur ce thème.


[1Sida Grande cause nationale 2005 - Tour Maine-Montparnasse - BP 53 - 75755 Paris cedex 15. Tél. 01 56 80 33 62

[2Unals - 228 rue du Faubourg Saint-Martin - 75010 Paris. Tél. 01 53 26 45 30.

[3Buc Ressources - 1 bis rue Louis Massotte - 78530 Buc. Tél. 01 39 20 78 71 (Mikaël Quilliou).