N° 1030 | du 15 septembre 2011

Faits de société

Le 15 septembre 2011

Sans-papiers, Roms… la traque s’intensifie

Monique Castro

Sombre été pour les sans-papiers, mauvaise passe pour les Roms… Claude Guéant persiste et signe dans son objectif de 30 000 reconduites à la frontière.

Encore mieux que Besson, plus fort que Hortefeux… Claude Guéant a déclaré, lundi 8 août à l’AFP, son intention d’expulser 30 000 étrangers en situation irrégulière. Et c’est sur la bonne voie, puisqu’en juillet 17 500 étrangers avaient déjà été reconduits à la frontière ! S’il atteignait le score de 30 000 reconduites, il s’agirait « du meilleur résultat historiquement enregistré », confiait le ministre de l’Intérieur.

L’été a été particulièrement douloureux pour les Roms, bêtes noires du gouvernement. En 2010, 9 000 Roms sur les 15 000 qui vivent en France ont été reconduits à la frontière et plus de 600 campements détruits. Le dernier en date a fait couler beaucoup d’encre : le mercredi 31 août, les forces de l’ordre ont évacué un camp d’une centaine de Roms et de Bulgares à Saint-Denis (93). Selon des associations, l’expulsion se serait déroulée brutalement : les CRS auraient détruit les baraquements après en avoir fait sortir les familles à coups de grenades lacrymogènes. Comme cela se pratique régulièrement depuis la parution de la circulaire du 5 août 2010, faisant suite au tristement célèbre discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy.

L’expulsion de Saint-Denis a surtout choqué les esprits car les Roms chassés de leurs campements ont été acheminés dans un tramway spécialement affrété pour eux. Livia Otal, coordinatrice du programme Roms de Médecins du Monde explique au journal Le Monde : « Des familles nous ont appelés pour avoir des nouvelles de leurs enfants mineurs dont ils avaient été séparés avant l’entrée dans le tram. » De toutes parts des voix se sont élevées pour s’indigner contre cette décision qui ne va pas sans rappeler, dans la façon dont les transports en commun ont été réquisitionnés, les pires heures de notre histoire. Karima Delli, députée européenne (Verts), déclare : « Ce procédé est scandaleux, insupportable, depuis quand les transports publics sont tout simplement mis au service de la répression au détriment du respect des droits fondamentaux. »

De son côté, Jean-Paul Huchon, président de la Région Ile-de-France, considère que « l’inhumanité et la brutalité de cette opération, mue par des considérations sécuritaires, est absolument condamnable ». Il a saisi le préfet pour « que toute la lumière soit faite sur les conditions d’organisation et d’exécution de cette opération…  ». Cet incident n’est pas le seul fait choquant de l’été. Le 1er août, une mère et ses trois enfants en bas âge ont été enfermés dans le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot, ceci en dépit de la juridiction de Lille qui a condamné cette pratique au motif qu’elle constituait « un traitement inhumain et dégradant  ».

Par ailleurs, le 5 septembre, le tribunal administratif de Rouen a annulé les arrêtés préfectoraux de placement en centre de rétention administrative de deux couples de Roms et de leurs six enfants. Les familles ont un domicile et quatre enfants sont scolarisés. Trop tard, au moment où la justice prononçait sa décision, la préfecture les avait déjà expulsés !

De son côté, l’association toulousaine pour l’Art et l’expression libres, soutenue par de nombreux mouvements, a organisé une cérémonie en l’honneur des préfets qui « ont fait preuve du plus grand zèle dans l’expulsion des étrangers considérés comme sans papiers  ». Le jeudi 8 septembre, au Monument de la Résistance, le prix PAPON – Prix Attribué Pour Obéissance Notoire – a été décerné aux préfets de Mayotte, du Pas-de-Calais et de Gironde. Les organisateurs de cette parodie, drôle et grave à la fois, ont rappelé qu’en 2010, 27 400 personnes ont été placées dans des centres de rétention administrative en France métropolitaine. Parmi elles, 356 enfants dont 57 nourrissons.