N° 779 | du 5 janvier 2006 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 5 janvier 2006

SDF l’hiver comme l’été

Joël Plantet

Les dispositifs de renforcement d’hébergement d’urgence mis en place cet hiver resteront malheureusement saisonniers. Les associations concernées tirent à n’en plus finir des sonnettes d’alarme tandis que le gouvernement avance des solutions qui n’en sont pas

Avec d’autres, l’association Médecins du monde le répète : vivre dans la rue a de rudes conséquences sur la santé physique et mentale : infections, traumatismes, pathologies dermatologiques, dépressions, tuberculose, troubles psychiatriques… Selon les statistiques des Morts de la rue, l’âge moyen des personnes décédées dans la rue — été comme hiver — est de 49 ans. Par ailleurs, les associations notent une moyenne d’âge des personnes accueillies à la hausse. Avant Noël, une enquête d’Emmaüs — première du genre — s’est intéressée aux attentes des sans-abri en matière d’accueil et d’insertion. Il apparaissait que les 4/5èmes des personnes interrogées préféraient à la rue un centre d’hébergement d’urgence, même pour une nuit et que l’action des travailleurs sociaux était bien perçue.

L’Insee avait recensé il y a deux ans près de 30 % des personnes ayant recours à des structures d’hébergement d’urgence tout en disposant d’un emploi [1]. Le gouvernement a cru bon d’imposer au 115 — numéro d’urgence toujours aussi saturé par les quelque 7000 appels quotidiens en période de grand froid — d’accueillir pendant un mois les sans-abri pourvus d’un emploi. Les réseaux concernés ont rapidement dénoncé cette opération de « chaises musicales », et Médecins du monde s’est élevé contre une « discrimination négative de ceux qui, n’ayant ni emploi ni domicile, ont un besoin urgent d’hébergement durable puis d’un accès à un logement définitif ». De telles pratiques créeraient des tensions et compliqueraient la tâche des structures, a renchéri le président d’Emmaüs, Martin Hirsch.

Fin novembre, estimant l’action gouvernementale bien en deçà des besoins, la Fondation Abbé Pierre (FAP) avait débloqué 150 000 e pour financer des nuitées. En présentant son dispositif d’urgence, le président du Samu social, Xavier Emmanuelli, avait, lui, encore une fois alerté : « Ce genre de dispositif provisoire ne sert à rien si on ne règle pas le problème de la sortie d’urgence et de l’insertion. Que va-t-on faire après le 15 mars, quand les centres d’hébergement d’urgence vont fermer ? ». L’ancien ministre soumettait en fin d’année, via le rapport annuel du Haut comité pour le logement des personnes défavorisées (clairement intitulé Face à la crise : une obligation de résultat), quelques préconisations : une « stratégie pour rendre le droit au logement juridiquement opposable en six ans », la création d’un organisme d’opérations de logements sociaux et un réseau de maisons relais pour personnes atteintes de troubles psychiques
 [2].

Il manque 900 000 logements pour répondre aux besoins

L’hébergement d’urgence comprend, selon le ministère de référence, 20 900 places disponibles toute l’année sur l’ensemble du territoire (dont plus 16 000 à Paris), dans plus de 650 structures. Les différents niveaux du plan hivernal y ajoutent quelques centaines de places. Au plan national, le ministère a annoncé mille places supplémentaires par rapport à l’hiver précédent, 4000 autres étant prévues d’ici 2007. À Paris, un programme « d’humanisation et de création de places nouvelles en centres d’hébergement d’urgence » 2005-06 a été installé, avec 313 nouvelles places et 636 places en cours de réhabilitation. Mais on sait que les vraies réponses se conjuguent entre autres, en termes de prévention des expulsions locatives et de développement de parcours résidentiels pour une insertion durable…

« Chaque année, au moins 300 000 familles sollicitent une aide sociale pour le règlement de leur facture d’énergie »… Le 15 décembre, le manifeste Habitat, précarité sociale et énergie, présenté par la FAP, l’Union nationale des associations familiales (Unaf) et cinq réseaux, réclamait un droit effectif à l’énergie. Il adjurait les partenaires de l’habitat, de l’action sociale et de la maîtrise de l’énergie de se fédérer « afin de permettre un accompagnement de l’évolution institutionnelle des fonds d’urgence, la mise en place du tarif social et de compléter leur action par des solutions durables impliquant les occupants des logements ». En rappelant par ailleurs qu’il manquait 900 000 logements pour répondre aux besoins, le collectif Alerte, associé aux principaux syndicats et associations de locataires, a lancé un appel solennel « pour une politique du logement à hauteur de la crise » : production d’offre de logements suffisante, renforcement des aides et de lutte contre l’habitat indigne, garantie des risques locatifs… et loi garantissant le droit au logement opposable [3].


[1Les sans-domicile fixe ne sont pas coupés de l’emploi, Insee première n° 925 (octobre 2003)

[2Rapport consultable sur le site de la Documentation francaise

[3Voir appel sur le site de l’Uniopss