N° 1031 | du 22 septembre 2011

Faits de société

Le 22 septembre 2011

Roms, pour le pire et le pire (suite)

Joël Plantet

La terrible affaire du tramway RATP affrété pour une expulsion de Roms avait fait l’objet de l’Actu de la semaine dernière. Force est de constater que les pouvoirs publics n’hésitent plus devant aucune infamie.

Tout cela a l’odeur sécuritaire des élections présidentielles, et il reste encore huit mois. Le 12 septembre, quelques jours après la désastreuse affaire du tramway, Claude Guéant, sinistre ministre de l’Intérieur, exhibait bruyamment un « plan de lutte contre les jeunes Roumains ». Chiffres controversés à l’appui – « À Paris, 80 % des vols à la tire sont commis par des Roumains mineurs », ou « les délinquants roumains représentent un déféré sur dix dans la capitale »… –, il édicte un chapelet de mesures coercitives : interdiction de mendicité sur les Champs-Élysées, rapatriement accéléré des mineurs délinquants via l’installation à Paris d’un « magistrat de liaison » roumain, renforcement des contrôles dans les gares et aéroports… Pourtant, l’an dernier, le Conseil constitutionnel avait censuré un accord de coopération franco-roumain destiné à faciliter leur renvoi dans leur pays… Et aujourd’hui, le ministre de la Justice roumain lui-même déplore un coup médiatique ignorant délibérément ce qui commence à se tisser en la matière…

Tous les soupçons sont bons, que ce soit « la cylindrée de certains véhicules qui traînent des caravanes » (l’amalgame entre gens du voyage et Roms est généreusement entretenu), ou l’absence de volonté d’intégration des uns et des autres. Plus d’un an après le discours de Grenoble où le chef de l’État avait ouvert béantes les vannes de la stigmatisation en dressant un parallèle officiel entre délinquance et immigration, la situation n’a, logiquement, cessé d’empirer : démantèlements violents de campements, enquêtes fiscales, expulsions se multiplient. Médecins du monde et d’autres associations ne cessent de témoigner d’une traque faisant passer les Roms des bidonvilles… à la rue. Fin 2010, quatre associations avaient porté plainte contre un fichier illégal utilisé par la gendarmerie visant Roms et gens du voyage, dénommé MENS (Minorités ethniques non sédentarisées). À la même époque, l’ONU avait ouvertement accusé la France de « discriminations raciales massives ».

Des citoyens transforment leur haut-le-cœur en action européenne

Il y a un an, les associations avaient surligné le populisme et les dangers d’une politique du bouc émissaire ; aujourd’hui, elles manifestent d’autant plus leur indignation. Certaines, comme le Gisti, rappellent que les militants du droit des étrangers sont de plus en plus souvent mis en examen pour délit de solidarité. Concernée au premier chef, la majorité des élus parisiens s’est élevée contre les récentes et tonitruantes annonces ministérielles.

« Pour beaucoup, ces violences apparaissaient comme le dernier acte d’une tragédie que devraient fatalement subir les Roms à travers toute l’Europe depuis plusieurs siècles […] Beaucoup se sont résignés à l’indifférence par lassitude, par manque de protection politique ou institutionnelle… » L’indifférence peut en effet sembler maximale devant ce qu’il convient d’appeler des discriminations raciales permanentes, aggravées par une politique française de dérapages successifs. Mais de nombreux citoyens, partis, associations, transforment leur haut-le-cœur en action européenne : le 1eroctobre, une « Pride européenne pour les Roms », dite aussi Roma Pride, verra des défilés organisés au cœur des capitales européennes.

Pour l’heure, vingt et un pays sont concernés. D’autres initiatives plus modestes sont régulièrement organisées : le 3 octobre, une soirée sur l’hospitalité sera organisée à Paris dans le cadre de Ciné citoyen, avec projection du film Les Éclaireurs et débat avec les réalisateurs et des membres du Réseau éducation sans frontières [1]


[1Vidéadoc - 01 48 06 58 66