N° 1098 | du 21 mars 2013

Faits de société

Le 21 mars 2013

Roms : entre diagnostic social et expulsion

Marianne Langlet

Les expulsions de campement roms reprennent de plus belle. Pourtant, en août dernier, une circulaire préconisait un diagnostic individualisé pour chaque personne en vue de proposer des solutions d’accompagnement.

« Une catastrophe humanitaire », prévoit le Secours catholique de l’Essonne. Il annonce des expulsions en cascade de plusieurs bidonvilles roms avec la fin de la trêve hivernale et l’arrivée à terme de plusieurs procédures judiciaires. Les expulsions de campement n’ont jamais cessé partout en France, mais elles ont diminué pendant l’hiver. L’arrivée des beaux jours promet une reprise.

Le 11 mars, le campement de Vigneux-sur-Seine, dans l’Essonne, était expulsé. Beaucoup de familles étaient déjà parties, apeurées par l’expulsion annoncée. Le jour même, sur place, onze familles sont présentes, environ cinquante personnes. Seule proposition d’hébergement : une séparation des femmes – envoyées sur des places pour femmes battues à Etampes – de leurs hommes, supposés être pris en charge dans des centres d’urgence de la Croix Rouge. Inacceptable. Les familles occupent alors la maison des solidarités (MDS) de Draveil pour exiger un relogement. Les assistantes sociales de la MDS reçoivent chacune des familles : elles proposent des nuitées d’hôtel, une dizaine de jours. Au bout, le retour à la rue.

Cette situation ne devrait plus être possible depuis la circulaire du 26 août 2012 à destination des préfets. « Vous veillerez à faire établir aussi rapidement que possible un diagnostic de la situation de chacune des familles ou personnes isolées », stipule-t-elle. Ce diagnostic doit être préalable à toute expulsion et vise à « proposer des solutions d’accompagnement en mobilisant prioritairement les moyens de droit commun de chacun des partenaires ». Or, cette circulaire est partout interprétée de manière diverse.

« Les diagnostics sont utilisés comme alibi pour expulser »

À Vigneux, par exemple, un diagnostic social avait été fait le 4 et 5 octobre derniers. « Des travailleurs sociaux du département sont venus une demi-journée », témoigne Laurent Lurton du Secours Catholique Essonne. « Nous avons nous-mêmes participé à ce diagnostic social sans savoir que cela porterait ce nom. Nous pensions alors que c’était une première approche », ajoute-t-il. Résultat : les familles ont été comptées et deux préconisations faites : ne pas éloigner les enfants scolarisés et prendre en charge un homme cardiaque. Des préconisations envolées au petit matin du 11 mars. « Ces diagnostics sont trop souvent utilisés comme alibi pour expulser : nous avons appliqué la circulaire, maintenant on expulse », regrette Serge Guichard de l’association de solidarité en Essonne aux familles roms.

À Nantes, le diagnostic social sert, pour la préfecture, à faire le « tri » entre les familles « intégrables », pour l’instant au nombre de quatre, et les autres, qui ne le sont pas, expulsées. Les exemples à ne pas suivre, pour le collectif Romeurope. A l’inverse, dans le bidonville d’Ormoy, toujours en Essonne, un autre type de diagnostic social a été réalisé à la demande du Conseil général de l’Essonne. Alexandre Le Clève, juriste, et Olivier Peyroux, sociologue, tous deux roumanophones, ont, pendant trois mois, étudié le parcours de la centaine de familles du campement. Ils sont allés en Roumanie, comprendre pourquoi ces familles étaient parties, inscrire leur parcours dans une dynamique pour dégager des préconisations précises sur leur insertion sociale et professionnelle en France. « Souvent l’action sociale envers ce public relève de l’humanitaire : contrer le froid et la faim.

L’objectif du diagnostic social est de travailler sur les questions d’accès à l’emploi, de scolarisation, de santé en vue d’une insertion dans le droit commun », souligne Olivier Peyroux. Un « vrai » diagnostic social, selon Laurent Lurton. Un groupe de travail à la Direction interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement (Dihal) planche sur un document de bonnes pratiques pour éviter « les diagnostics alibi avant d’évacuer les camps », souligne Dominique Devin-Mauzard de la Dihal, qui ajoute : « Le diagnostic ne doit pas être une fin en soi mais le début d’un processus d’accompagnement, d’élaboration d’un projet. » À Vigneux, la famille avec cinq enfants scolarisés à qui a été proposé un hébergement en hôtel pour une semaine en Seine-Saint-Denis, n’en saura rien.