N° 774 | du 17 novembre 2005 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 17 novembre 2005

Risques et dangers d’enfance

Joël Plantet

Le nombre d’enfants « en risque » est, selon les départements, en progression. L’isolement des familles, l’« inoccupation » des parents et la montée de la violence dans les relations sociales expliquent le phénomène. Quelques solutions sont avancées par l’Observatoire de l’action sociale, dont le concept de « prévenance ». Les professionnels, eux, rappellent les choix budgétaires actuels

Selon les calculs de l’Observatoire national de l’action sociale décentralisée (Odas), 95 000 enfants ont fait en 2004 l’objet d’un signalement par les conseils généraux. Mais l’Odas constate un « accroissement constant du risque », le nombre des enfants en risque, cette année, progressant « très fortement » (+ 5000). Le nombre des enfants maltraités s’accroît aussi, et plus particulièrement celui des enfants victimes de violences physiques et d’abus sexuels : « selon les explications qualitatives données par les départements », précise l’Odas, « cette évolution traduirait une progression de la violence dans les relations sociales. On a le sentiment d’une société de plus en plus déstabilisée dans les règles élémentaires du vivre-ensemble » [1] .

À l’origine de cet inquiétant constat : les « carences éducatives », le déficit relationnel entre parents et enfants de même qu’entre familles et environnement, mais aussi l’isolement social et l’« inoccupation » des parents, sur fond de surreprésentation des familles monoparentales parmi les familles d’enfants en danger. « Contrairement à une idée plus ou moins répandue, la précarité économique ne constitue que minoritairement un facteur de danger », insiste le rapport.

Tout en dénonçant comme à son habitude l’augmentation du taux de judiciarisation des signalements (passé de 56 % en 2001 à 60 % en 2004) — qui traduit, selon lui, le « désarroi des travailleurs sociaux » — l’Observatoire plaide pour de « nouvelles solidarités de proximité », une prise en charge plus diversifiée et une prévention par publics « ciblés ». Ainsi, les départements plébiscitent-ils le recours aux techniciennes de l’intervention sociale et familiale (TISF) ; et les trois quarts d’entre eux privilégient les actions de prévention collective, souvent dans la rubrique du soutien à la parentalité.

Un nouveau concept de prévenance

De même, l’implication des services de protection de l’enfance dans le développement social local, « encore très expérimentale », doit se décliner en « nouvelle réponse publique » avec un nouveau concept, celui de « prévenance », en amont de la prévention et sur le modèle québécois. Par ailleurs, le travail social — « trop discrètement perçu dans les quartiers » selon Louis de Broissia, vice-président de l’Odas — doit s’impliquer davantage, avec une « nouvelle distribution des tâches entre agents administratifs et professionnels du social ». S’adapter aux nouvelles problématiques, ce serait enfin « réinvestir l’école » et développer un travail de veille dans les services de protection maternelle et infantile.

Partant du constat que les dossiers des enfants pris en charge ne font pas apparaître de « logique de parcours », l’Odas a mis expérimentalement en place, avec 25 départements, une « feuille de parcours » : le cumul d’informations, la chronologie des prises en charge, les éléments contextuels sont censés entraîner l’optimisation des actions grâce à une « vision en temps réel du parcours ». Début 2007, un guide méthodologique sera proposé à l’ensemble des départements.

Quid des craintes des professionnels eux-mêmes ? Le 2 novembre, une dizaine de fédérations et d’associations de protection de l’enfance [2] exprimaient leurs inquiétudes à l’égard du projet de loi de finances concernant la réduction drastique des moyens de la protection judiciaire de la jeunesse. Si le budget concernant les mineurs délinquants et les centres éducatifs fermés augmente de 26 millions d’euros, celui des mineurs en danger et des jeunes majeurs en difficulté se voit, lui, appliquer une réduction de… 52 millions d’euros. Du simple au double.


[1Odas - 250 bis bd Saint-Germain - 75007 Paris. Tél. 01 44 07 02 52

[2Andesi -Cnaemo - FN3S - Snasea - Uniopss - Cnlaps - Gnda - Unasea - Citoyens et Justice