N° 990 | du 21 octobre 2010

Critiques de livres

Le 21 octobre 2010 | Jacques Trémintin

Repères pour le placement familial

Daniel Coum


éd. érès, 2010 (356 p. ; 15 €) | Commander ce livre

Thème : Placement familial

Présenté comme un abécédaire, cet ouvrage qui fera date doit être lu en priorité par tout praticien du placement familial ou tout autre lecteur s’intéressant à la protection de l’enfance. L’intelligence, la précision et l’érudition du propos méritent qu’on y consacre du temps et qu’on y revienne comme à une référence savante et pertinente. Ici, pas de parti pris idéologique, mais une lecture fine du travail des familles d’accueil qui ne se résume ni à une substitution du milieu d’origine, ni à une solution provisoire dans l’attente que les parents puissent à nouveau accueillir leur enfant. Le placement familial y est présenté comme une structuration particulière des liens d’alliance et de filiation, apte à fabriquer autrement de la famille.

Daniel Coum rappelle que l’enfant placé grandit au centre d’un faisceau de relations qui l’unissent à plusieurs adultes. Il se construit à partir des liens qu’il a tissés avec ses parents, mais tout autant avec ceux qu’il établit avec les professionnels de l’éducation qui l’entourent. Et de dénoncer l’ineptie consistant à dénier à l’assistante familiale la possibilité d’aimer l’enfant accueilli. Comme si l’amour donné par les uns était exclusif de celui donné par les autres. Si tout professionnel doit agir dans le respect des droits des parents, ceux-ci doivent aussi être sous-tendus par la reconnaissance de leurs éventuelles incapacités.

C’est justement le repérage de ces incompétences qui permet non seulement de ne pas mettre en échec la famille, en lui proposant des objectifs trop ambitieux qu’elle ne pourrait atteindre, mais aussi d’identifier les ressources dont elle peut disposer, afin justement de mieux y recourir. Et on ne peut que déplorer la focalisation qui privilégie encore trop souvent le maintien à tout prix du lien avec les parents, comme s’il s’agissait là du seul axe de construction de l’enfant. C’est ignorer combien, parfois, la relation pathologique et vide de sens avec cette famille peut s’avérer plus néfaste qu’utile. Comme on ne peut que regretter les pratiques ignorant encore les dégâts considérables que produit la multiplication des prises en charge précoces, comme si la permanence des premières figures d’attachement n’était pas d’une importance primordiale pour l’installation de la sécurité intérieure de l’enfant.

Daniel Coum plaide donc pour la possibilité d’une double inscription pour l’enfant placé, à la fois dans sa famille d’origine et à la fois dans sa famille d’accueil, dans une dynamique non de conflit de loyauté (même si celui-ci est le plus souvent inévitable, à un moment donné), mais de véritable co-éducation qui puisse s’articuler dans une juste distance et la considération de la place de chacun.


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