N° 769 | du 13 octobre 2005 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 13 octobre 2005 | Jacques Trémintin

Questions d’inceste

Ginette Raimbault, Patrick Ayoun, Luc Massardier


éd. Odile Jacob, 2005 (310 p. ; 25,50 €) | Commander ce livre

Thème : Abus sexuel

Illustrant le fonctionnement de la maison d’accueil Jean Bru à Agen, l’ouvrage écrit par trois psychiatres nous propose un regard sur l’inceste, à distance d’une opinion publique prompte aujourd’hui à réclamer vengeance pour des innocents qu’elle accusait hier encore d’affabulation.

Replaçant en perspective la complexité de la problématique, les auteurs expliquent qu’il y a mille façons d’aimer ou de mal aimer son enfant, d’établir un lien incestueux avec lui ou encore de répondre à cette agression qu’on peut définir comme étant « toute participation d’un enfant ou d’un adolescent à des activités sexuelles qui sont inappropriées à son âge et à son développement psycho sexuel, qu’il subit et qui transgresse les tabous sociaux » (Kempe, cité p.43). Il ne faut pas pour autant imaginer une classification commune qui rassurerait tout le monde sur la nature du problème et sa solution.

De l’inceste, on ne retient souvent que celui qui a marqué l’histoire de la psychanalyse (complexe d’Œdipe) et qui est pourtant le plus rare : le fils avec sa mère. On dénonce farouchement surtout la relation imposée par le père sur sa fille. On le fait moins pour la mère avec son fils, banalisée car trop souvent confondue avec la tendresse « naturelle » maternelle et qui ne semble pas tant répondre à une recherche d’excitation sexuelle, qu’à « l’angoisse de perdre cet étayage narcissique indispensable pour combler une béance sans fin que l’enfant est supposé remplir » (p.16). Sans compter le père avec le fils, plus rare que le grand-père avec le petit-fils, la mère avec la fille et les relations au sein de la fratrie. L’acte incestueux est donc multiple.

Mais, si tous les auteurs ne se ressemblent pas, ils partagent en commun de s’enfermer dans un délire d’interprétation du consentement de la victime où il n’y a plus de violence, mais simplement de l’amour et de la tendresse. Pourtant, la destructivité de cet acte n’est pas contestable. Elle tient d’abord dans l’afflux d’excitation qui dépasse la capacité de maîtrise et d’élaboration psychique de l’enfant victime. Si celui-ci peut comprendre le parent en colère qui le frappe, l’agression sexuelle constitue pour lui un registre totalement étranger, car non référencé. Mais il y a aussi ce brouillage du lien de filiation que provoque l’annulation de toute différence générationnelle.

L’atteinte à l’intégrité est à la fois physique (le corps peut dès lors être perçu comme un tas d’immondices et ne plus procurer que honte et répulsion) et psychique (distorsions cognitives, affectives et identitaires à l’origine d’une sidération de la pensée et d’un anéantissement des capacités de mentalisation). Et les auteurs de citer les théories psycho dynamique, cognitivo-comportementale, criminologique, systémique, sociologique, biologique, anthropologique comme autant de voies d’approche et de traitements complémentaires en fonction d’indications précises. « C’est aux victimes qu’il convient de dire ce qu’elles ont vécu et c’est à nous de nous effacer pour tenter de les comprendre et de les aider » (p.10).


Dans le même numéro

Critiques de livres