N° 1081 | du 8 novembre 2012

Critiques de livres

Le 8 novembre 2012 | Jacques Trémintin

Quelque part dans la nuit des chiens

Sandrine Bourguignon


éd. Sulliver, 2012 (157 p. ; 14 €) | Commander ce livre

Thème : Psychiatrie

Ce roman, au titre magnifique, séduira ou décevra, mais ne pourra guère laisser indifférent. Il y a d’abord un style très particulier : des phrases courtes, des virgules élidées, des termes juxtaposés, des verbes manquants… On sent que l’auteure s’amuse avec les mots et les sonorités, n’hésitant pas à nous livrer quelques allitérations de son cru, à l’image de ce « capitaine qui se fracasse ça la tracasse » qui claque ou du magnifique « Claire a frémi tremblé failli défaillir » qui s’écoule.

Trop déroutés, quelques lecteurs pourront décider de s’arrêter en cours de route. Dommage. Ceux qui auront la curiosité de poursuivre pourraient bien tomber sous le charme, s’apercevant que cette écriture laisse bien plus courir leur imagination que ne le ferait un texte à la structure plus académique. D’autant que l’écriture est au service d’un récit tout en relief.

Sandrine Bourguignon, animatrice d’ateliers d’écriture en milieu psychiatrique, n’a pu ignorer les réactions du milieu professionnel qu’elle côtoie face à la nuit sécuritaire qui menace d’engloutir l’hôpital psychiatrique. En mettant en scène la vie d’une psychologue servant de fil d’Ariane dans le labyrinthe asilaire, elle nous fait découvrir le dévouement et l’épuisement, l’implication et les souffrances d’un milieu que l’on ne peut appréhender en évacuant la complexité. Il serait tentant, mais trop facile, de ne voir là qu’une construction littéraire biscornue, en miroir avec la démence de certains des personnages qui peuplent le roman.

L’auteure joue avec finesse sur la frontière entre vie privée et vie professionnelle, représentation et réalité quotidienne, normalité et folie. Les bribes d’un discours, identifié en gras, scandent le déroulement du récit. On laissera au lecteur la surprise d’en découvrir l’origine. Œuvre littéraire autant que témoignage humaniste, ce premier roman donne de quoi se délecter et réfléchir, se réjouir et s’attrister, se désespérer et se révolter.


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