N° 828 | du 15 février 2007 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 15 février 2007

Quelle professionnalisation pour les services à la personne ?

Joël Plantet

« Boom », « révolution », « enjeu de société », « secteur porteur d’emploi en plein essor »… Les services à la personne connaissent une expansion faramineuse. Le Conseil économique et social a toutefois posé récemment quelques bornes, estimant le dispositif fiscal inégalitaire et l’effort de professionnalisation trop lent

Pour l’heure, le secteur des services à la personne distingue trois types de services et plus de vingt métiers : d’une part les services à la famille (garde d’enfants, soutien scolaire, assistance informatique, etc.) ; d’autre part les services à la vie quotidienne (préparation de repas, ménage, repassage, jardinage, bricolage, gardiennage…). Enfin, les services aux personnes âgées, handicapées ou dépendantes, à domicile, dans les déplacements ou dans certaines démarches : gardes-malades (hors soins), assistance (interprète en langue des signes, par exemple), aide au transport, accompagnements divers, portage de repas, esthétique et coiffure… Cette dernière partie représente évidemment une part majeure de l’éventail des utilisateurs.

Considérons ces dix dernières années : vers 1997, plus d’un demi million d’employeurs utilisaient déjà les chèques emploi service (créés en 1994). Le secteur connaît un certain développement, les personnes âgées contribuant considérablement à l’expansion des aides à domicile. En 2001, la croissance des emplois familiaux impose une meilleure structuration de l’offre, une professionnalisation accrue des différents métiers qui les composent sur fond de mise en place de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA).

L’année suivante, le nombre d’employeurs va augmenter de 4,8 % tandis que l’activité, mesurée par le nombre total d’heures de travail, progresse de 7,9 %. Les salariés sont presque exclusivement des femmes (94 %) d’un âge moyen de 45 ans. En juin 2003 on estime à 720 000 le nombre de personnes âgées dépendantes à bénéficier de l’APA, dont 54 % vivent à domicile. Cette année-là, 620 millions d’heures sont travaillées pour le compte de particuliers. Nouvelle progression de 4 % en 2004 : le nombre de salariés du secteur est estimé, lui, à un million, en hausse de 5 % par rapport à 2003, pour près de 1,7 million de particuliers employeurs.

Peu à peu, une logique de marchandisation des services à la personne se met en place

En 2005, les services à la personne représentent un chiffre d’affaires d’environ 23 milliards d’euros réalisé par 5000 structures et 400 000 équivalents temps plein (2 millions de personnes au total, dont 800 000 relèvent du statut d’« employé de maison »). Le plan Borloo prévoit alors la création de 500 000 emplois en trois ans. La professionnalisation des acteurs devient enjeu essentiel pour ce jeune secteur économique : en 2006 en effet — le chèque emploi service universel (CESU) fait son apparition en février — 1,5 million de personnes travaillent dans le secteur. Jusqu’où ira cette montée en puissance ? À la fin 2008, l’effectif employé dans les services à la personne devrait atteindre 1,8 million de salariés…

Pression du papy-boom — départ à la retraite des générations nées après 1945 (750 000 départs en retraite pour 2006) — et vieillissement de la population, augmentation de la dépendance (et de son risque), enrichissement des seniors expliquent ce succès. De grandes enseignes se constituent en nombre, regroupant sous un même label des prestataires souvent originaires du monde associatif, mais aussi du secteur marchand à but lucratif ; des plates-formes téléphoniques ou informatiques mettent en relation l’offre et la demande de prestations de service ; peu à peu, une logique de marchandisation des services à la personne se met en place.

Créée en octobre 2005, une agence nationale des services à la personne (ANSP) entend promouvoir leur qualité
 [1]. Le qualitatif et le quantitatif semblent parfois se télescoper : un an plus tard, lors des assises nationales de la professionnalisation des services à la personne, le 13 décembre 2006, son président, Laurent Hénard, s’exclamait : « En un an, le nombre de structures de services à la personne a doublé ! »…

Il s’agit donc plus que jamais de revaloriser ces métiers de l’aide à domicile pour les ouvrir à de nouveaux publics et de les faire correspondre, au niveau qualité, aux exigences des clients – utilisateurs. Mais il faut également engager de profondes actions de professionnalisation. Pour l’année 2005, l’ANSP considère que 8300 personnes ont acquis le diplôme d’État d’auxiliaire de vie sociale (DEAVS), 7700 le titre d’assistant de vie aux familles et 10 700 le CAP petite enfance.

En janvier, le Conseil économique et social (CES) formulait cinquante-deux recommandations, préconisant principalement un accès facilité aux services et au CESU et se prononçant même pour un agrément préalable pour les salariés employés par des particuliers. L’accueil des associations et des syndicats est plutôt positif. « L’avis du CES lance les bonnes pistes », estime par exemple la CFDT, particulièrement favorable à certaines des recommandations : favoriser l’accès des services aux personnes aux revenus modestes, garantir un bon maillage territorial des services d’aide à domicile, créer un observatoire statistique pour suivre l’évolution de l’emploi dans le secteur…


[1Agence nationale des services à la personne - 3 square Desaix - 75015 Paris. Tél. 01 44 49 84 60