N° 1052 | du 1er mars 2012 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 1er mars 2012

Quelle prévention pour le suicide ?

Joël Plantet

Enjeu de santé publique bien plus préoccupant qu’on ne l’imagine, le suicide – celui des adultes comme celui des jeunes – se heurte à l’inaction des pouvoirs publics. Une vraie prévention serait pourtant possible.

Organisées au mois de février, les 16emes Journées nationales de prévention du suicide ont voulu, une fois de plus, sensibiliser les pouvoirs publics et l’opinion sur un enjeu de santé publique : un décès sur cinquante est dû au suicide ; chaque année, 10 000 personnes mettent fin volontairement à leurs jours, tandis que 250 000 autres font une tentative de suicide. Qui plus est, c’est la deuxième cause de décès chez les 15-24 ans (après les accidents de voiture), et la première cause de mortalité chez les 25-34 ans. En février 2011, Jeannette Bougrab avait d’ailleurs confié au psychiatre Boris Cyrulnik une mission sur le suicide des enfants et des adolescents. Au plan international, la France se situe au 7e rang des trente pays de l’OCDE pour son taux de suicide (derrière la Corée-du-Sud, derrière le Japon…).

Intitulées « Tous acteurs et citoyens – régions, territoires et proximité dans la prévention du suicide », ces journées ont donc répété que la prévention était l’affaire de tous… et qu’elle pourrait être davantage encouragée. Il y eut de nombreuses initiatives décentralisées : projections de films avec débats, distribution de dépliants ou de questionnaires, expositions, colloques et conférences ont dans les régions évoqué la question.
Moteur de cette mobilisation, l’Union nationale pour la prévention du suicide (UNPS) regroupe 35 associations et 5 000 bénévoles.

Chaque année, 10 000 personnes mettent fin volontairement à leurs jours

Lors de son discours de présentation d’un nouveau plan d’action contre le suicide, le 7 février, la secrétaire d’État chargée de la Santé, Nora Berra, a réussi la prouesse de n’évoquer en aucune manière le contexte sociétal, à ne jamais employer les mots crise, précarité ou chômage. Les corrélations sont pourtant établies, et on sait comment, à France Télécom, chez Moulinex, à l’Éducation nationale et dans nombre d’entreprises la hausse des suicides a été vertigineuse ces dernières années. Les observateurs compétents – Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), numéros d’appel dédiés ou organismes spécialisés en prévention des risques psychosociaux… – parviennent aux mêmes constats.

Les suicides en milieu professionnel, en prison, et les risques suicidaires pour les chômeurs ou les minorités sexuelles doivent faire l’objet d’une attention particulière. C’est ainsi que nombre de ces professionnels réclament vigoureusement – depuis dix ans maintenant – l’installation d’un observatoire, muni d’outils statistiques intégrant la complexité du fait suicidaire. En mai 2011, un appel « pour la création d’un observatoire des suicides et des crises suicidaires » avait déjà été signé par une cinquantaine de personnalités, d’associations, de syndicats.

Décliné en une cinquantaine de mesures, ce plan se veut soucieux « d’agir plus efficacement en termes de prévention et de prise en charge » et entend porter une attention particulière à certaines populations jugées plus vulnérables au risque suicidaire. En principe, les nouvelles agences régionales de santé (ARS) doivent assurer « la coordination des acteurs et la mise en œuvre d’actions de prévention du suicide adaptées aux spécificités régionales ». Mais les lieux d’écoute, par exemple, n’existent pas, loin s’en faut, en nombre suffisant.

Les mesures de prévention sont connues : lutte contre l’isolement social, dispositifs d’aide à distance (téléphonie sociale, réseaux Internet, sites et blogs dédiés), actions dans certaines institutions et au sein de populations vulnérables, programmes de formation envers professionnels et entreprises pour diminuer les risques psychosociaux… L’enjeu est sociétal, et urgent.