N° 859 | du 1er novembre 2007 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 1er novembre 2007

Quelle place pour l’éducation populaire aujourd’hui ?

Katia Rouff

Thème : Histoire

Issue de la Révolution française, l’éducation populaire porte une démarche ambitieuse : former des citoyens conscients et critiques, capables d’agir sur leur environnement pour le changer. Où en est-elle aujourd’hui ?

Bien malin celui qui pourrait définir précisément l’éducation populaire. Elle démarre avec la Révolution, est marquée par l’affaire Dreyfus, le Front populaire et la Résistance (lire l’interview de Jean-Marie Mignon). Elle milite pour une diffusion de la connaissance au plus grand nombre, dans un souci d’émancipation individuelle et collective. Culture, sports, activités ludiques… autant d’apprentissages pour développer ses capacités à vivre en société, à confronter ses idées, à prendre des responsabilités… bref à devenir un citoyen actif. Si ses champs d’action – longtemps liés aux activités complémentaires de l’école – ont changé, ses missions restent d’actualité : permettre à chacun, dès l’enfance, de participer à une société plus solidaire et plus démocratique.

À côté des vieilles dames du mouvement – de grandes associations nées après-guerre – fourmillent une myriade d’associations dynamiques lui donnant une belle vitalité. En Seine-Saint-Denis, l’Observatoire départemental des violences envers les femmes utilise le théâtre de l’Opprimé, pour qu’adolescents et adultes s’expriment sur ce sujet. L’association Sym-biose propose du soutien scolaire, de la danse hip hop, un atelier d’écriture… Elle invite les enfants à monter des spectacles eux-mêmes et à réfléchir aux problèmes qu’ils rencontrent. De la réalisation des décors en passant par l’accueil des compagnies étrangères et la tenue de la buvette, ils s’impliquent en tout…

Pour autant, le monde de l’éducation populaire n’est pas rose et les grands mouvements s’inquiètent de leur avenir. Il se sentent « embourbés dans des problèmes de survie immédiate », « mis en concurrence les uns par rapport aux autres dans la nécessaire lutte pour les financements. » « Nous ne savons pas si nous serons financés après 2008, peste une directrice de maison des jeunes et de la culture. Les commandes de l’Etat sont trop rigides, on nous demande de faire de l’occupationnel et de diviser nos actions : pour les femmes étrangères, pour les jeunes… »

Des mouvements frondeurs

À côté des petites et grandes associations, des mouvements plus frondeurs revendiquent l’héritage de l’éducation populaire. Attac est de ceux là. Un des comités de Seine-Saint-Denis s’oriente vers la promotion de l’expertise citoyenne. « Il s’agit de développer les connaissances techniques et scientifiques de nos membres et de la population mais aussi de faire comprendre les enjeux politiques de notre temps, expliquent ses membres. Nous avons donc une action globale qui touche l’agriculture ou l’énergie, en passant par les transports et la question des flux financiers dans le cadre bancaire ou boursier… » Concrètement, cela se décline en conférences/débats, cours d’économie ou participation à des groupes de travail.

Droit au logement (DAL) est agrée comme association d’éducation populaire. Elle travaille avec les familles sans logis ou mal logées à la défense de leurs droits. Outre un travail d’information, elle propose des formations en direction des leaders des collectifs (connaissance de la législation, des politiques publiques du logement, des formes d’actions collectives, des réseaux internationaux de défense du logement…). Ses « Rencontres d’été » regroupent les personnes désirant prendre des responsabilités dans les comités. Elles travaillent autour de trois thématiques : logement, ouverture à d’autres questions sociales (mouvement des femmes, des chômeurs, des sans-papiers…) et travail pratique (rédaction de tracts, organisation d’actions collectives…).

Parmi les cent-cinquante personnes qui participent à ces rencontres, une cinquantaine d’enfants. Encadrés par des animateurs, ils pratiquent des activités ludiques mais aussi de réflexion : pour quelles raisons leurs parents militent-ils au DAL ? Comment gérer les conflits par la non violence ? Si l’association réalise un travail d’éducation populaire, elle ne se sent pas du tout soutenue par les grandes associations, nées après guerre. « Elles possèdent de grands centres de vacances qu’elles n’utilisent plus, faute de participants, et pourraient les mettre à notre disposition. Or, elles ne le font pas, illustre Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole du DAL. Nous ne bénéficions pas de chèques vacances, proposons nos rencontres d’été dans des campings… En nous aidant, elles participeraient pourtant à la relève de l’éducation populaire ! »


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