N° 761 | du 14 juillet 2005 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 14 juillet 2005

Quel avenir pour le logement social ?

Joël Plantet

Quelques initiatives tentent de faire vivre le logement social, mais le paysage se détériore : certaines régions se désintéressent de la question, l’indice du coût de la construction est très élevé (4,5 %), et des programmes de démolition entraînent de nouvelles luttes d’habitants. Après le non choix de Paris pour les jeux olympiques, l’association Droit au logement rappelait insolemment que l’argent comme le foncier étaient désormais disponibles…

Produire 400 000 logements cette année, l’objectif fixé par le gouvernement est-il crédible ? Certes, quelques terrains appartenant au secteur public — à la SNCF, par exemple — ont été rendus disponibles pour la construction de logements (les 20 et 27 avril derniers, deux conventions étaient signées, mobilisant quelques centaines d’hectares). Certes, à Mulhouse, une Cité manifeste, inaugurée début juillet, propose, une fois n’est pas coutume, une soixantaine de logements sociaux atypiques, fruit du travail d’architectes prestigieux, presque deux fois plus grands que la moyenne…

La Fondation abbé Pierre (FAP) [1] a voulu mettre elle aussi la main à la truelle, en engageant sa participation — à hauteur de neuf millions d’euros — dans un programme de 1 500 logements, urbains et ruraux, à destination de 5 000 personnes parmi les plus précaires (logements dénommés PLAI : prêts locatifs aidés d’insertion), en grande partie financé par « une forte mobilisation des donateurs ». Des pensions de famille et des logements pour les jeunes sont ainsi prévus, et les projets confiant les travaux à des entreprises d’insertion ou faisant appel à l’autoconstruction seront encouragés.

Mais la FAP met le doigt sur le désengagement de l’État, principalement traduit par une baisse des subventions. Et apprécie la réplique que les Guignols de l’info avaient placée sur les lèvres de la marionnette de l’abbé Pierre : « Si les Français vivent au-dessus de leurs moyens [en référence à la malheureuse remarque du ministre des Finances], c’est qu’ils n’ont pas les moyens de vivre avec les moyens qu’ils ont ». À bientôt 94 ans, plus d’un demi-siècle après son appel, l’abbé Pierre s’est publiquement inquiété de la tendance au rajeunissement des sans-abri.

Des actions de plus en plus nombreuses

Le 4 juillet, les élus du conseil général de Seine-Saint-Denis appelaient l’État à mettre en place un « plan d’urgence sociale et humanitaire » pour le logement social. Depuis le printemps, des actions s’égrènent dans toute la France contre les expulsions sans relogement (21 500 familles en 2003, dont 14 800 en Ile-de-France), les hébergements précaires de l’aide sociale, le paysage spéculatif du logement, la déréglementation des loyers et la démolition de l’habitat social…

Fédérant treize collectifs de départements franciliens, l’appel d’une coordination antidémolition des quartiers populaires avait résonné en mai sur quelques sites Internet et dans les associations : la loi Borloo d’août 2003 prévoit 200 000 démolitions, entraînant nombre de difficultés nouvelles pour les partants, malgré une — fallacieuse, selon la coordination — consultation des habitants. « Sous prétexte de mixité sociale, le parc immobilier va être réduit, et les prix des logements augmentés », résument les collectifs en réclamant : une meilleure justification des démolitions par l’état d’insalubrité des habitations et une offre de reconstruction au moins équivalente au nombre de logements détruits ; une réelle participation des habitants à l’élaboration, la réalisation, le suivi et l’évaluation du projet alternatif, l’arrêt des expulsions.

28 juin, 11 heures. À Paris, l’Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU) se voit investir par quelques dizaines d’habitants de quartiers HLM promis à la démolition, réclamant de véritables négociations. À 15h 28, les forces de l’ordre prennent position aux abords de l’agence. À 16 heures, les occupants sont évacués manu militari. Cette irruption faisait suite à une manifestation, quinze jours auparavant, à Bron (69) et à deux jours de débat à Montpellier dans un quartier, sur ces mêmes questions. Soutenue par plusieurs associations et syndicats, la coordination demande donc aux pouvoirs publics de remettre à plat les politiques de la ville et de renouvellement urbain, de maintenir les habitants dans leur quartier et de préserver les logements sociaux.

Mais de nouvelles actions prennent déjà le relais : les « mal logés » du DAL — qui n’oublient pas qu’un récent projet de loi, heureusement abandonné, a osé proposer la réduction de la surface minimum habitable de 9 m2 à 7 m2 — occupaient encore l’Union sociale de l’habitat (USH) à Paris, le 5 juillet, annonçant une « pression continue » pour que soient tenus certains engagements de relogement. Le lendemain, le Comité actions logement [2] appelait à une manifestation contre « la casse du logement social »…


[1FAP - 3-5 rue de Romainville - 75019 Paris. Tél. 01 55 56 37 00

[2DAL - 8 rue des Francs Bourgeois - 75003 Paris Tél. 01 42 78 22 00.
Comité actions logement - Maison des associations - Boîte n° 29 - 15 passage Ramey - 75018 Paris