N° 1079 | du 18 octobre 2012

Faits de société

Le 18 octobre 2012

Quel argent pour les banlieues ?

Joël Plantet

Comment rénover la politique de la Ville ? Poches d’inégalités en déshérence, les banlieues attendent elles aussi le changement. Viendra-t-il des dernières mesures gouvernementales, des millions du Qatar ? Polémique.

Le 28 septembre, Cécile Duflot, ministre de l’Égalité des territoires et du Logement, et François Lamy, ministre délégué à la Ville, présentaient un financement en hausse (9,8 milliards d’euros, soit +20 % par rapport à 2012). La réorientation des crédits du Fonds interministériel pour la prévention de la délinquance (FIPD) vers les quartiers de la politique de la Ville était inscrite au programme, de même que le financement de 3 800 adultes-relais en charge d’actions de médiation, le soutien aux programmes de réussite scolaire, la création d’emplois francs…

Le 11 octobre, à Roubaix, François Lamy a ouvert une concertation nationale sur la politique de la Ville, avec associations, élus et représentants de l’État. Jusqu’en janvier prochain, trois groupes de travail vont en préciser la géographie prioritaire, les questions de contractualisation et d’évaluation, et les actions à privilégier. Des « rencontres avis citoyens » seront organisées dans plusieurs villes de France pour recueillir l’avis des habitants des quartiers populaires. Des propositions concrètes s’ensuivront, elles seront présentées au Premier ministre en début d’année et feront l’objet d’un comité interministériel puis d’un projet de loi applicable en 2014.

En décembre 2011, sollicité par l’Association nationale des élus locaux pour la diversité (Aneld), le Qatar, minuscule émirat pétrolier au revenu par tête le plus élevé de la planète, annonçait la création d’un fonds de 50 millions d’euros pour financer des projets économiques portés par des habitants de banlieues françaises. Mais, pour cause d’élections, son lancement n’a pu se faire avant le mois de septembre, le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, entérinant alors le fonds qatari pour les quartiers – dont le montant initial a été doublé, pour atteindre environ 100 millions – à destination des banlieues… et des zones rurales paupérisées.

Drôle de plan Marshall

Polémique : le Qatar avait récemment racheté le n° 1 du luxe mondial, LVMH, des hôtels de prestige, de même que le club de foot parisien PSG, et investi à tout va dans l’achat de droits de diffusion télé, sur le marché de l’art ou dans les groupes Total ou Lagardère. Remise en cause de l’indépendance nationale, ciblage des populations maghrébines donc encouragement du communautarisme, colonisation par l’argent étaient dénoncés, avec revendication d’une commission d’enquête parlementaire, l’extrême droite parlant sans surprise du « cheval de Troie de l’islamisme »… Le vice-président (PCF) de l’association Ville et banlieue, Gilles Leproust, estime que cette affaire pourrait « cacher un projet de budget 2013 qui ne réponde pas aux attentes des quartiers populaires ». Même le ministre délégué chargé de la Ville serait sceptique…

Plus de huit millions de nos concitoyens habitent les quartiers relevant de la politique de la Ville (751 zones urbaines sensibles, 416 zones de redynamisation urbaine, 100 zones franches urbaines, 494 quartiers en rénovation urbaine, 2 492 quartiers en contrats urbains de cohésion sociale, zones d’éducation prioritaire : une réforme des zonages est envisagée…), confrontés à des inégalités jamais réduites. Un habitant sur trois y vit sous le seuil de pauvreté, et un sur quatre renonce à des soins pour raisons financières.

Nombreuses incertitudes sur ce projet… et un enjeu ambigu : d’une part, les banlieues en déshérence, viviers de potentiels entrepreneuriaux, peuvent y voir une chance de survie meilleure ; d’autre part, ce sera avec les fonds d’un État étranger discutable, en lieu et place d’accompagnement national. Drôle de plan Marshall.