N° 870 | du 31 janvier 2008 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 31 janvier 2008

Que va-t-il rester du plan banlieues ?

Joël Plantet

Où est le « plan Marshall » annoncé ? Faut-il un énième plan pour les banlieues, ou une politique de la Ville radicalement refondue ? De vieilles idées, régulièrement émises, reviennent : les rendra-t-on un jour possibles ?

Six millions d’habitants vivent (mal) dans des quartiers dits sensibles. Selon la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde), il est deux fois plus difficile, à diplôme égal, de trouver un travail lorsque l’on est un jeune Français issu de l’immigration habitant dans ces quartiers. Initialement, la secrétaire d’État à la politique de la Ville, Fadela Amara, devait présenter avec le chef de l’État son plan Respect et égalité des chances le 22 janvier.

Las, le plan manque d’ambition : l’absence de marge budgétaire laisse augurer l’étroit corset dans lequel il devra probablement se mouvoir. Après le rapport de la Cour des comptes et celui du Conseil national des villes allant dans le même sens, le Conseil économique et social (CES) vient de rendre 80 propositions pour « réunifier et réconcilier la ville ». Elles concernent la mixité sociale, l’école, le développement des transports et des services publics, le logement et le travail social. Le « busing », par exemple, concept américain consistant à scolariser les enfants d’un quartier « sensible » dans les autres écoles de la ville, y est recommandé. L’association des maires de grandes villes de France (AMGVF) a fait connaître, le 15 janvier, un manifeste de douze propositions « pour une ville durable et solidaire », parlant encore, elle, de plan Marshall…

Qualifié « de la dernière chance » selon les élus de l’association, il s’articule autour de neuf priorités. Parmi celles-ci figurent les financements nécessaires pour remédier à l’enclavement des quartiers périphériques et à l’exclusion de leurs habitants, la construction de logements sociaux et très sociaux, la mobilisation du programme de rénovation urbaine (ANRU) contre l’habitat insalubre… De même, est souhaitée une meilleure coordination des politiques d’insertion professionnelle s’appuyant sur les plans locaux pour l’insertion et l’emploi (PLIE) et les maisons de l’emploi.

Ce manifeste des grandes villes défend le développement des transports en commun, l’élargissement des compétences des intercommunalités urbaines, ou encore l’ouverture de l’hôpital sur la ville en coordination avec les différents acteurs de santé. Le CES, pour sa part, insiste sur la nécessité d’investir massivement dans le logement social, suggère la fusion de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) et de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (ACSÉ) et la relance des maisons de l’emploi. Rappelant l’« aide précieuse » des travailleurs sociaux, il réclame davantage de reconnaissance pour les associations. Bref, le diagnostic a maintes fois été posé.

Trois idées : accompagnement des jeunes sans emploi, désenclavement, lutte contre l’échec scolaire

Reçus le 11 janvier par Boutin et Amara, les maires de banlieue avaient déclaré être « restés sur leur faim ». La cacophonie n’a fait que s’amplifier : il y a quinze jours, la ministre de la Ville affirmait ne pas croire à l’efficacité d’un nouveau plan pour les banlieues et ne pas vouloir de zonage des territoires ; ledit plan devenait alors une « ambition énorme », prenant le nom d’Espoir banlieue, porteur, pour la secrétaire d’État visiblement invitée à le booster, d’une « nouvelle dynamique ». Doit-il reposer, comme l’estime sa ministre de tutelle, « davantage sur les personnes que sur les territoires » ?

Trois idées centrales sont d’ores et déjà énoncées : accompagnement personnalisé des jeunes sans emploi, désenclavement des quartiers et renforcement des moyens de lutte contre l’échec scolaire. Après avoir professé des idées vertueuses — « faire émerger une élite des quartiers », « favoriser la montée en puissance du concept de diversité » —, Fadela Amara parle d’une « réforme des dotations de solidarité aux communes ». Elle évoque le déblocage d’un milliard d’euros pour désenclaver cent quartiers parmi les plus en difficulté…

En vrac, de vieilles idées ont, une nouvelle fois, émergé : améliorer les transports, installer des bureaux de recrutement au pied des cités, sécuriser les parcours et financer le permis de conduire, créer des « cafés de parents », favoriser le tutorat ou les banques de stages dans les établissements scolaires… Le 9 janvier, la ministre de la Ville avait lancé avec le fédération du bâtiment un dispositif d’aide à l’emploi destiné à insérer dans les entreprises du BTP dix mille jeunes issus des quartiers concernés. Pendant ce temps, la ministre de l’Intérieur annonçait l’installation de ses « unités territoriales de quartiers », sorte de police de proximité newlook.

À Vaulx-en-Velin, le 22 février, Christine Boutin et Fadela Amara ont donc dévoilé les contours du plan. Il s’agit d’aller vers la fin des procédures complexes pour revenir au droit commun (combien de fois ne l’a-t-on annoncé !), de créer 45 000 emplois en trois ans et 20 000 entreprises en cinq ans, avec l’idée de réduire de 40 % en trois ans le chômage des jeunes. Par ailleurs, la secrétaire d’État se dit favorable à un renforcement du rôle de maire, et se prononce pour la sécurisation financière des associations. Pendant cette présentation, une manifestation avait lieu — « Fadela, pas de bla-bla » —, plusieurs élus locaux se déclarant opposés à la venue de ministres alors que selon eux le plan se décidait ailleurs. De fait, c’est Sarkozy qui, le 8 février, en indiquera le contenu exact. Il aura intérêt à en préciser les moyens, sous peine d’entériner un énième plan banlieues infécond.