N° 994 | Le 18 novembre 2010 | Jacques Trémintin | Critiques de livres (accès libre)

Quand je serai grand

Élise Fischer


éd. Fayard, 2009 (319 p. ; 19,50 €) | Commander ce livre

Thème : Droits de l’enfant

La Convention internationale des droits de l’enfant a fêté, en 2009, son vingtième anniversaire. Certains beaux esprits n’hésitèrent pas, à l’époque, à évoquer le risque qu’il pouvait y avoir à adultifier le petit d’homme. Depuis, en écho, est souvent répétée à l’envi l’urgence qu’il y aurait à parler aux enfants bien plus de leurs devoirs que de leurs droits.

Voilà un livre qui remet les pendules à l’heure. Il montre comment le monde des adultes n’a pas attendu la Convention pour prendre les enfants pour des adultes, ni comment il leur a imposé de rudes obligations sans pour autant leur reconnaître le moindre droit. Élise Fischer nous propose une quinzaine de nouvelles qui nous font voyager au travers des cinq continents. De quoi prendre conscience que si nombre de nations ont ratifié la CIDE (à la quasi-unanimité, à l’exception des Etats-Unis et de la Somalie), ce n’est pas pour autant qu’elles se sentent le moins du monde contraintes de l’appliquer.

A la fin de la première décennie du XXIe siècle, des enfants continuent à être vendus comme esclave en Mauritanie ou confiés comme bonnes à tout faire auprès de riches familles au Pérou. Ils sont 350 millions à travers le monde, un million rien qu’en Égypte, à fournir de longues semaines de travail dans des cimenteries ou des ateliers de confection, dans de terribles conditions, pour un salaire dérisoire qui les contraint à aller faire les poubelles pour se nourrir. Ils sont des centaines de milliers à tenter de survivre en triant dans les décharges d’ordure, la chaleur, les gaz liés à la décomposition, provoquant des diarrhées vertes, des éruptions d’eczéma et des épidémies de tuberculose.

Elles sont 130 millions ces fillettes qui subissent des mutilations sexuelles (au Mali, 92 % de la population féminine est excisée), synonymes de terribles souffrances et parfois de mort par infection. Ils sont des millions à être victimes de la guerre : massacre de villageois, les enfants n’étant pas épargnés par les guérilleros des FARC en Colombie, quand les villages refusent de payer l’impôt révolutionnaire ; 300 000 mineurs tués et combien d’autres entraînés à tuer au Rwanda en 1994 ; enfants torturés par l’armée chinoise au Tibet devant leurs parents pour obtenir des aveux ; adolescent(e) s transformés en bombe vivante, lors d’attentats en Afghanistan…

Au total, selon l’ONU, 300 000 enfants sont enrôlés à travers le monde, dans des armées où ils n’ont rien à faire. Combien sont-elles ces toutes jeunes filles marocaines mariées de force à de vieux et riches adultes qui n’hésitent pas à les répudier, pour en prendre une autre plus fraîche et nubile ? Bien sûr, cette Convention est bien loin d’avoir tout réglé. Mais, pour en mesurer l’importance, il suffit de lire Élise Fischer.


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