N° 621 | du 16 mai 2002 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 16 mai 2002 | Jacques Trémintin

Qualifier le travail social

Sous la direction de Michel Chauvière & Didier Tronche


éd. Dunod, 2002, (144 p. ; 21 €) | Commander ce livre

Thème : Travail social

Depuis l’instauration du premier diplôme, celui d’assistante sociale, en 1932, la filière des formations socio-éducative s’est progressivement construite, partant du niveau V (CAP) pour aller jusqu’au niveau I (diplôme d’études supérieures spécialisées). Ce bel édifice a commencé à se fissurer dans les années 80, sous la poussée de plusieurs facteurs. L’action sociale en butte à la massification des besoins sociaux a été confrontée à la nécessité d’apporter des réponses nouvelles. Une kyrielle de nouveaux métiers a émergé, venant ainsi obscurcir encore la lisibilité du travail social. L’encadrement budgétaire a incité les employeurs à plutôt recruter des personnels de faible qualification.

Les difficultés de recrutement sont aussi apparues : les 2/3 des emplois nouveaux liés aux 35 heures sont à temps partiel (ce qui multiplie d’autant le nombre de salariés recherchés), sans compter les départs en retraite qui augmenteront de 63 % pour la période 2003/2007 et de 130 % pour 2008/2012. À ce tableau déjà contrasté, segmenté et en pleine évolution est venue se rajouter une pression en provenance des employeurs (l’idée est venue du MEDEF) visant à favoriser les compétences au détriment de la qualification. La qualification serait devenue une référence statique et dépassée, incapable d’adaptation et trop éloignée des conditions concrètes de mise en oeuvre.

La compétence serait alors l’outil idéal répondant au profil souhaité par les décideurs. Il s’agirait d’élaborer un référentiel d’activités décrivant les aptitudes requises pour exercer une fonction ou une profession. Or, produire du social n’est pas produire un service interchangeable : la qualité du service rendu et l’enrichissement collectif ne pourraient qu’en pâtir. Il s’agirait d’adapter l’action sociale aux priorités politiques et aux besoins des populations. Or, « le travail social n’est pas réductible à l’agir au quotidien, il est aussi dans toute une architecture qualifiante qui donne sens aux actes professionnels » (p.129).

S’opposent donc là deux visions de l’action sociale : une logique gestionnaire et une logique professionnelle. Quand elles deviennent trop exclusives, la première dépossède les intervenants de leur métier et la seconde installe et renforce le corporatisme. Il convient donc de cultiver les ressources de chacune de ces dimensions : l’empirisme ne peut que compléter les méthodes rigoureuses ; le charisme et l’authenticité de la relation, eux, viennent s’articuler avec les savoirs précis. La qualification n’est qu’un aspect de la compétence qui elle-même n’est pas qu’une liste de savoir-faire mais doit aussi s’ancrer dans une position éthique.


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