N° 838 | du 26 avril 2007 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 26 avril 2007

Protéger la jeunesse de la violence à l’échelle de l’Europe

Joël Plantet

Les jeunes victimes de violence peuvent-ils être co-constructeurs des dispositifs de prévention qui les concernent ? Quels moyens les pays européens ont-ils à mettre en place pour que ces jeunes soient considérés comme citoyens à part entière ? Le Conseil de l’Europe s’est emparé de la question

Le Conseil de l’Europe avait proclamé 2005 année européenne de la citoyenneté par l’éducation. En octobre de cette année-là, dans une conférence intitulée L’éducation des enfants sans violence, il avait rappelé que les châtiments corporels ne constituaient en aucun cas un mode d’éducation, et adopté un programme d’action triennal. Dénommé Construire une Europe pour et avec les enfants, celui-ci s’est proposé d’intégrer la dimension des droits de l’enfant dans tous les travaux du Conseil. Quatre piliers — quatre P — l’ont défini : protection des enfants contre toutes formes de violence ; prévention de la violence au niveau local, national et international ; poursuites contre les auteurs d’infractions ; participation des enfants. Cinq domaines d’intervention avaient été identifiés : la famille, l’école, les institutions, la société, la prévention de l’exploitation (y compris sexuelle).

C’est dans le cadre du dernier pilier de ce programme, la participation des enfants, que le Comité européen d’action spécialisée pour l’enfant et la famille dans leur milieu de vie (Eurocef) organisait, le 19 avril à Strasbourg, une table ronde et une exposition de tableaux sur la place des enfants « particulièrement victimes ou acteurs de violence » dans la construction de l’Europe [1]. En effet, en tant qu’organisation internationale non gouvernementale (OING), Eurocef dispose au Conseil de l’Europe d’un statut participatif.

Pendant la semaine parlementaire et même un peu plus, du 17 au 26 avril, une trentaine de réalisations plastiques de jeunes d’un foyer éducatif français ont été exposées. La journée du 19 avril a permis la projection de la vidéo d’une pièce de théâtre interprétée par des jeunes en difficulté d’insertion. Devant les participants — professionnels de la protection de l’enfance, membres de diverses ONG — la table ronde a abordé le phénomène de la violence subie et agie par les enfants et adolescents en esquissant les dispositifs mis en place dans les pays représentés (Roumanie, Grande-Bretagne, Pologne, Serbie, etc.), et la place de la parole de l’enfant dans ces programmes.

Plus largement, le rôle des ONG était défini en trois points : dénoncer la violation des droits des enfants ; créer en réseau un système de soutien et de protection ; mettre en place des programmes de prévention de la violence et participer à leur évaluation. Le rôle des ONG d’Europe centrale et orientale (en Pologne par exemple, Nobody’s children foundation regroupe sept ONG) a été souligné pour leur « grande capacité dans la mise en place des programmes visant à prévenir la violence faite aux enfants ». Le rôle des politiques sociales a été pointé, avec en amont le constat que la violence peut trouver son origine dans la cellule familiale mais aussi dans une société stigmatisant une partie de sa population.

Enfin, les manifestations de violence étant « des symptômes de l’état d’une société et constituant un défi pour les professionnels », le rôle primordial de ceux-ci a été pointé. Côté français, les associations accueillent chaque jour plus de 300 000 enfants, adolescents et familles en difficulté, en engageant la responsabilité de plus de 60 000 professionnels : une coordination nationale des associations de protection de l’enfance (CNAPE) s’est mise en place en décembre 2005.

Cela dit, comment travailler avec les enfants et les familles touchés par la violence ? L’expression artistique est un des moyens les plus couramment utilisés : les activités de groupe (peinture, théâtre, danse…) aident l’adolescent « à accepter les règles sociales, à résoudre ses conflits internes et à développer des sentiments d’affiliation ». Mais la parole des enfants doit s’inscrire dans une « perspective participative » : pourquoi ne pas prendre comme point de départ les perceptions que les jeunes ont eux-mêmes de leur situation sociale ? Ils doivent pouvoir exposer leur point de vue sur les modalités d’accompagnement qui leur ont permis de gérer leur vie malgré une histoire difficile, et faire ainsi évoluer et diversifier les modes d’accompagnement.


[1Eurocef - Maison des associations - 1A place des Orphelins - 67000 Strasbourg. mail : eurocef@hotmail.com ou c/o M. Chiniard - 95 bd du père J. Wrésinski - 95540 Méry-sur-Oise. Tél. 09 51 19 69 50