N° 1098 | du 21 mars 2013

Critiques de livres

Le 21 mars 2013 | Jacques Trémintin

Prostitution : guide pour un accompagnement social

Christian Ayerbe, Mireille Dupré la Tour, Philippe Henry, Brigitte Vey


éd. érès, 2011 (483 p. ; 20,60 €) | Commander ce livre

Thème : Prostitution

Cet ouvrage, production d’un groupe de travail réunissant depuis quinze ans, treize services intervenant auprès de personnes se prostituant, est vraiment passionnant. Il décrit, avec simplicité, cette problématique, sans jamais perdre de vue sa complexité. Il aborde l’approche professionnelle, sans être à aucun moment un livre de recettes. Enfin, il présente la législation, les dispositifs et des outils, en évitant tant la banalisation que toute dramatisation. Sa lecture permet de rompre avec ces affirmations lapidaires, ces amalgames réducteurs et ces lieux communs si souvent proférés.

La prostitution est une activité occasionnelle ou régulière qui concerne les hommes comme les femmes, les jeunes comme les plus âgés, les milieux favorisés comme les plus populaires, les personnes mariées comme les célibataires, les salariés à plein-temps, comme les chômeurs, les nationaux comme les étrangers. Son origine n’est pas liée à la seule pauvreté.

Pour mieux en comprendre les raisons, il faut prendre en compte l’itinéraire singulier de la personne concernée. Toute histoire étant unique, c’est à chaque fois un ensemble d’éléments et de circonstances qui se sont superposés, articulés et imbriqués, sans qu’aucun facteur n’apparaisse comme déterminant en soi : carence affective dans l’enfance, difficulté identitaire, vécu de violences intrafamiliales ou de ruptures successives, échec scolaire ou professionnel, précarité économique, fragilité affective, etc. L’entrée en prostitution isole, exclut et enferme dans une forme particulière de précarité, la réification par l’autre et le déni en tant que sujet provoquant une forme d’exil hors de soi-même et un clivage entre le corps et les sensations.

En outre, le contexte confronte à une violence sous-jacente : agressions potentielles par des clients, menaces de la part des proxénètes, nécessité de défendre son territoire, risque d’arrestation par la police et d’amende pour racolage, peur d’être reconnu par l’entourage. Les travailleurs sociaux qui interviennent face à ce public sont souvent perçus comme instrument d’une société normalisante et porteurs de contrôle social. C’est pourquoi ils vont vers les personnes se prostituant sans attendre quelles fassent une demande particulière qui peut être forte, inexistante ou en jachère. Ils les abordent dans leur étrangeté, sans jugement, dans une même humanité partagée, leur proposant une écoute empathique, disponible et inconditionnelle. Ils respectent leur rythme, tiennent compte des systèmes de défense qu’elles ont élaborés et acceptent que l’action engagée prenne du temps, s’arrête, échoue, recommence. Surtout, ils ne se présentent pas avec un projet prédéfini, mais tentent de les aider à identifier leurs besoins et à les instituer comme sujet et acteur de leur vie.


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