N° 776 | du 1er décembre 2005 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 1er décembre 2005

Prisons : la situation se dégrade, encore et toujours !

Joël Plantet

La violence s’accroît dans les prisons françaises, dont l’état de délabrement est régulièrement constaté, y compris par les parlementaires. Reflet de notre société, elle est considérée pour le moins comme déshumanisante, et si peu réinsérante. Un réseau vient d’organiser une large sensibilisation sur ces questions

Pénurie de travailleurs sociaux, violences et taux de suicide croissants, agressions, incidents collectifs et procédures disciplinaires en augmentation, surpopulation (environ 60 000 personnes, malgré l’ouverture récente de cinq établissements), offre de travail et taux de formation au plus bas, manque d’hygiène, soins médicaux insuffisants voire inexistants… La situation des prisons semble clairement dangereuse.

Fin octobre, le rapport de l’Observatoire international des prisons (OIP) a encore mis en lumière l’état de dégradation des 185 prisons françaises. Il y a quelques jours, le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Alvaro Gil-Roblès, dressait un bilan particulièrement sévère des prisons françaises, à l’issue d’une mission de seize jours en France (se déclarant d’ailleurs « impressionné » par le travail des éducateurs avec les mineurs délinquants). Enfin, une recherche subventionnée vient de mettre en évidence que 85 % des surveillants et des détenus considèrent la prison comme un lieu violent.

En 2000 — cinq ans déjà —, certains députés et sénateurs étaient allés voir les établissements pénitentiaires : « situation indigne », s’étaient émus les premiers ; « humiliation pour la République », avaient sévèrement apprécié les seconds. Quatre ans plus tard, quatre-vingt d’entre eux étaient revenus dans 45 prisons et avaient constaté… la détérioration de la situation qui les avait déjà indignés. Et quid depuis ? Les pouvoirs publics prennent-ils vraiment la mesure de la situation ? En tout début d’année, la Chancellerie a rejeté les propositions de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (Cncdh) sur l’amélioration des droits des détenus, qui préconisaient un « statut » incluant droit au travail, à l’intimité, d’association… Dans la foulée, le ministère avait refusé l’idée d’une loi pénitentiaire, la création d’un contrôle indépendant des établissements, la suppression des quartiers disciplinaires et des fouilles générales d’établissements…

Les réponses sécuritaires s’ajoutent aux réponses sécuritaires

De leur côté, les observateurs constatent que les réponses sécuritaires s’ajoutent aux réponses sécuritaires. Des voix peu contestées comme celles de Martin Hirsch, président d’Emmaüs, ou de l’Abbé Pierre estiment que l’exclusion carcérale continue aujourd’hui d’être alimentée par l’étroite relation pauvreté/prison.

« La prison, ça n’arrive pas qu’aux autres ! » Partant de l’idée que chacun peut connaître un jour la prison du fait de l’incarcération d’un proche ou de sa propre incarcération, les neuf associations du Groupe national de concertation prison (GNCP) [1] ont donné un coup de projecteur, du 21 au 27 novembre, sur la situation carcérale en France, en organisant leurs douzièmes journées nationales sur le sujet. Touchant au total quelques milliers de gens, une bonne cinquantaine d’initiatives locales ont décliné leurs animations : rencontres avec des personnels pénitentiaires et des magistrats, expositions d’œuvres, photos ou textes de détenus, goûters philo et conférences débats, projections diverses, actions de communication auprès des médias, matérialisation d’une cellule de 9 m2, lectures de lettres, interventions en établissements scolaires, journées portes ouvertes dans les associations de réinsertion… Un questionnaire a été largement distribué, avec une vingtaine de questions (accompagnées de leurs réponses) basiques : « Peut-on être incarcéré avant d’être jugé ? (oui) À partir de quel âge peut-on être incarcéré pour crime en France ? (13 ans) À votre avis, combien y a-t-il de conseillers d’insertion et de probation (travailleurs sociaux) pour 100 détenus ? (1 pour 100, à mettre en perspective avec 40 surveillants pour le même chiffre) ». Etc.

« Favoriser la réinsertion, c’est lutter contre la récidive », a encore rappelé le GNCP, soulignant que contrairement à une idée répandue, l’aménagement de peine ne néglige pas les victimes, celles-ci étant représentées depuis cinq ans dans les juridictions qui en décident.
De fait, les événements de cette semaine de sensibilisation auront, une fois encore, rappelé la détresse psychique des prisons, la peine « sociale » poursuivant celle effectuée derrière les barreaux, et le désarroi des personnels pénitentiaires… Et pourtant… « Nous sommes dans un contexte de méfiance vis-à-vis du travail social, considéré comme insuffisamment efficient », se sont alarmés les membres du GNCP, qui restent « vigilants » dans leurs relations avec le ministère.


[1GNCP – Contact : Fédération des associations réflexion action prison et justice (Farapej). Tél. 01 55 25 23 75 - mail : farapej@farapej.fr