N° 947 | du 29 octobre 2009 | Numéro épuisé

Faits de société

Le 29 octobre 2009

Prévention et diversité culturelle

Joël Plantet

Faut-il, à partir des expériences acquises par la prévention spécialisée, construire en bonne et due forme une pédagogie de la diversité ? Un rapport passionnant invite la « prév’ » à se saisir à bras-le-corps de cette question

Il s’agit maintenant de « ne plus être dans l’évitement et le non-dit » et de « ne plus ignorer qu’une partie importante des jeunes en difficulté impliqués dans les violences urbaines et dans la délinquance sont issus de l’immigration »… Déjà en 2002, une étude du sociologue Sebastian Roché sur le département de l’Isère avait souligné que les deux tiers des jeunes délinquants étaient « d’origine étrangère ». Une désespérance sociale investirait de plus en plus des territoires communautaires en voie de ghettoïsation, et les professionnels de la prévention spécialisée eux-mêmes auraient parfois « de vraies difficultés à se positionner » vis-à-vis de ces jeunes, par exemple concernant le phénomène « religieux ».

Bref, la fracture sociale deviendrait aussi ethnique, culturelle et religieuse. Et le manque d’efficacité de la lutte contre les discriminations a probablement, ici et là, discrédité les valeurs républicaines. Dans un rapport intitulé La prévention spécialisée à l’heure de la diversité culturelle, le conseil technique de la prévention spécialisée (CTPS) s’est penché sur cette délicate question.

Rééquilibrer la place réservée à l’éducatif dans les quartiers

Que représente aujourd’hui la prévention spécialisée ? Un peu moins de 4000 éducateurs au sein d’environ 800 équipes, inégalement réparties sur le territoire. Mais depuis les années 90, d’autres acteurs d’animation, de médiation et d’insertion sont apparus, moins qualifiés, les départements investissant plus ou moins dans la prévention spécialisée. Comment répondent-ils aux questions du voile, de l’égalité homme/femme ou aux demandes de viande halal ?

Quoi qu’il en soit, les savoir-faire, l’expérience acquise par la prévention spécialisée – par exemple auprès des populations d’origine africaine sub saharienne ou des gens du voyage – doit permettre une véritable « pédagogie de la diversité culturelle ». La prévention spécialisée (PS) peut contribuer, au plan local, à l’émergence de politiques de « reconnaissance » des populations issues de l’immigration. Le CTPS émet une batterie de propositions en vue de doter celle-ci d’une méthode et d’outils. Sur un plan large, le rapport demande aux pouvoirs publics de développer la prévention spécialisée et de « rééquilibrer la place réservée à l’éducatif par rapport aux activités d’animation et de médiation » dans les quartiers relevant de la politique de la ville. La fonction de « conseil » et la capacité d’expertise de la PS doivent davantage s’affirmer auprès des élus locaux. La mise en place d’actions de développement social communautaire et les recherches action de ce type sont à encourager, de même que la création d’« une véritable ingénierie de l’intervention communautaire » est, selon le CTPS, à réfléchir.

En outre, des « espaces institutionnels de négociation » pourraient aider les professionnels à se positionner par rapport aux demandes « religieuses » des jeunes. De fait, cette pédagogie de la diversité culturelle pourrait s’adapter aux formations initiales et continues, avec construction d’outils méthodologiques relatifs à la problématique de la diversité (jeux de rôles, par exemple) et échanges autour de l’analyse des pratiques professionnelles – en lien avec les IRTS – et avec d’autres éducateurs européens. Mais pour autant, certains « besoins de formation devenus prioritaires » devront se voir satisfaits : formation à une approche laïque des problématiques religieuses rencontrées sur le terrain, formation des cadres au développement social communautaire et à la gestion des ressources humaines « au regard de la diversité », formations transversales communes aux différents acteurs…