N° 833 | du 22 mars 2007 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 22 mars 2007 | Jacques Trémintin

Prévenir la délinquance dès la petite enfance

Sous la direction de Catherine Blatier


éd. L’Harmattan, 2006 (240 p. ; 13 €) | Commander ce livre

Thème : Délinquance

La majorité des délinquants cessent leurs transgressions avec le temps, suite à un événement à forte valeur émotionnelle, à une rencontre affective ou à la naissance de leur enfant. Cette extinction naturelle justifie que l’on déploie à leur égard une tolérance d’autant plus grande que 90 % de leurs passages à l’acte relèvent de conduites d’occasion ou transitoires.

Quant à la délinquance persistante ou de condition, l’arsenal répressif a pour effet de n’atténuer ni son importance ni sa récidive. Les facteurs de risque ne sont pas seulement individuels ou environnementaux. La personnalité a une influence vulnérabilisante vis-à-vis de l’apparition, du maintien et de la sévérité des comportements favorisant les transgressions : certains enfants ne sont pas libres face à leurs propres émotions ou à leur agressivité. Mais les styles éducatifs des adultes jouent un rôle tout aussi important, notamment quand leur supervision apparaît trop faible, inadéquate ou inconstante : manque de chaleur et lâcher prise s’identifiant à un désinvestissement qui donne le sentiment à l’enfant d’être livré à lui-même, punitions physiques répétées qui l’incitent par imitation à la violence…

Ce qui pèse le plus sur le destin de l’enfant, c’est lorsqu’existe une incompatibilité trop importante entre son tempérament, son niveau d’organisation cognitive et les exigences de son entourage. Les mesures de prévention, même si elles ne sont pas systématiquement bénéfiques, ont un coût social deux à sept fois moins élevé que la détention. Leur efficacité dépend de leur précocité et de leur impact multidimensionnel. La prévention peut d’abord être universelle, relevant d’une éducation globale dont devrait être destinataire tout enfant. Il s’agit de développer ses compétences socio-émotives et sociocognitives et ses habiletés sociales : améliorer son contrôle de soi, apprendre à gérer sa colère, son stress et son impulsivité, savoir identifier ses émotions… Mais la prévention se doit aussi d’être ciblée et agir sur les conditions propres à favoriser la délinquance : elle doit tout particulièrement répondre au goût du risque et à la recherche de sensations fortes, aux attitudes négatives face à la loi, à l’hostilité interpersonnelle, l’égocentrisme, la froideur affective ou la forte extraversion…

La prévention peut aussi être situationnelle (et tenter de maîtriser l’environnement et ses éventuels effets criminogènes) ou encore sociale (et s’intéresser au milieu familial, scolaire, amical…). Mais s’il est bien une idée reçue que toutes les études démentent, c’est celle qui prétend à un accroissement de l’agressivité au fur et à mesure que l’enfant grandit. Si le petit d’homme est en naissant sous l’emprise de ses pulsions et se trouve dans l’incapacité de différer la satisfaction de ses désirs immédiats, plus il grandit, mieux il réussit à contrôler une agressivité qui n’est donc en aucun cas prédictive de ce qu’il sera ultérieurement.


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