N° 972 | du 6 mai 2010

Faits de société

Le 6 mai 2010

Prévenir l’absentéisme scolaire ou le punir ?

Joël Plantet

Concernant l’absentéisme scolaire, la prévention aboutit, pour le chef de l’État, à déresponsabiliser les parents. Mais, comme pour d’autres sujets, une réponse simpliste ne pourra résoudre une question complexe

Le 20 avril, Sarkozy annonce la suspension des allocations familiales en cas d’absentéisme scolaire injustifié : si quatre demi-journées d’absence sont repérées en un mois, l’élève recevra un avertissement ; en cas de récidive, la suspension des allocations pourra désormais être prononcée par le préfet.

L’intention est détestable. Suspendre les allocations ne restituera pas magiquement l’autorité parentale. De l’avis général – parents d’élèves, associations familiales, enseignants, Cnaf… –, la mesure ne peut qu’ajouter de la difficulté à la difficulté. La disposition existait d’ailleurs déjà depuis une ordonnance du 6 janvier… 1959 conditionnant le versement des prestations familiales à l’assiduité scolaire des enfants. « Injuste et inefficace », selon Luc Ferry qui l’avait supprimée en 2004, ce dispositif ajoute aujourd’hui la confusion, entretenue par le chef de l’État, entre absentéisme et délinquance.

D’une manière générale, incriminer ainsi les familles est considéré comme contre-productif, démagogique, de l’ordre de la gesticulation et de l’effet d’annonce. Comment en effet creuser davantage le fossé existant entre certaines familles et l’institution scolaire ? Le maire de Paris, Delanoë, pointait « la fébrilité et la dérive démagogique du pouvoir », signant ainsi un « échec manifeste en matière de politique de la Ville ». Enfin, les familles ayant au moins deux enfants seront les seules concernées : fin 2009, on comptait 4,7 millions de bénéficiaires. La question de l’absentéisme concerne d’abord les lycées pro (15 % en moyenne contre 3 % des collégiens et 6 % des lycéens) et a de multiples causes.

Réactiver encore et toujours le thème de la lutte contre l’insécurité

La loi du 31 mars 2006 sur l’égalité des chances avait rétabli le dispositif, le subordonnant au non-respect des contrats de responsabilité parentale (CRP), nouvellement créés. Au final, seuls quelques dizaines de CRP avaient été contractualisés… Le Centre d’analyse stratégique (CAS) avait analysé leur échec, en rappelant qu’en France, des réseaux d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents (REAPP) avaient été installés depuis 1999. En outre, depuis quelques années, un dossier d’inspection de suivi de l’assiduité (DISA), rempli par l’établissement, pouvait être transmis à l’inspection académique.

D’autres mesures ont été prises : un policier ou gendarme référent sera installé dans cinquante-trois établissements « très sensibles » pour recevoir certains jeunes « une ou plusieurs fois par semaine » dans son bureau. Mais déjà, en 2004, Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, avait installé un « correspondant absentéisme » policier dans 23 quartiers « difficiles » À la rentrée prochaine, des internats spécialisés pour élèves de moins de seize ans « rendant la vie impossible » au sein de leurs établissements seraient également créés avec injonction judiciaire (dont deux en Seine-Saint-Denis). Le délai paraît d’autant plus court que le contexte est marqué par le non-remplacement d’un professeur sur deux… Quoi qu’il en soit, le vote pourrait être formalisé avant la fin de la session parlementaire, fin juin.

Ce n’est pas, loin s’en faut, la première fois que la « démission parentale » est invoquée pour pallier les carences de l’État. Rendu en février dernier, le rapport Bockel sur la prévention de la délinquance avait préféré préconiser, lui, un programme d’acquisition d’« habiletés sociales » dès la maternelle. D’évidence, après une défaite électorale cuisante, il s’agit de réactiver encore et toujours, et par tous les moyens, le thème de la lutte contre l’insécurité, un des fondamentaux sarkozystes.