N° 1160 | du 2 avril 2015 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 2 avril 2015 | Jacques Trémintin

Prendre soin de l’enfance

Myriam David et all. (sous la direction de Marie-Laure Cadart)


éd. érès, 2014, (480 p. – 32 €) | Commander ce livre

Thème : Enfance

C’était plutôt une gageure que de réussir à choisir les textes les plus représentatifs et significatifs de la pensée de Myriam David, qui nous a quittés, il y a de cela dix ans. Pari réussi ! Jamais ennuyeux, toujours éclairants, ses propres écrits alternent avec ceux de ses amis, élèves et héritiers. Tout ce que l’on peut lire dans ce recueil peut sembler au lecteur contemporain évident.

Et c’est, sans doute, la victoire posthume de cette grande dame qui a lutté toute sa vie pour préserver le bébé des traumatismes précoces. Son combat pour changer le regard sur la petite enfance constitue, encore aujourd’hui, un apport fondamental et incontournable. Pendant longtemps, le petit d’homme a été perçu avant tout comme un tube digestif, les crèches et pouponnières le nourrissant, le nettoyant et le manipulant, sans grande considération. Sa terrifiante expérience d’Auschwitz (qui fait l’objet d’un témoignage dans l’ouvrage) a convaincu Myriam David de l’impérative nécessité d’être avec et auprès de l’enfant. Son intuition quant à la vulnérabilité et l’extrême sensibilité du bébé aux séparations et aux changements, va se trouver confirmée et amplifiée par la découverte au début des années 1970, de la pédagogie innovante de l’institut Pikler, plus communément Lóczy, en Hongrie. Elle va se battre pour bousculer les pratiques en vigueur.

À la multiplicité des intervenantes se succédant auprès des bébés, sur des temps brefs et pauvres en échanges, elle oppose la prise en charge par un petit nombre d’auxiliaires des mêmes enfants, privilégiant des soins fondés sur la stabilité et la continuité d’une relation humaine et authentique. Au placage théorique et aux interprétations intempestives, elle oppose une pensée évolutive permise par une observation méthodique de l’enfant, destinée à comprendre la signification profonde de ses actes et pouvoir le mieux répondre aux besoins ainsi identifiés. À la conviction voulant que le bébé soit trop petit pour ressentir les effets des traumatismes vécus, elle oppose les dangers des traumatismes affectifs qu’il ne peut pas toujours surmonter sans risque pour le développement équilibré de sa personnalité.

Le rôle de Myriam David sera notamment précurseur à l’égard des enfants retirés de leur famille, par décision judiciaire. Consciente de l’effet dévastateur de l’insécurité produite par des séparations hâtives et brutales, elle accompagnera les équipes professionnelles, en les aidant à identifier les situations de carences institutionnelles et en préconisant une préparation et un accompagnement attentifs et prévenants. Loin de schématiser les problématiques, elle aura toujours soin de resituer l’enfant dans une globalité intégrant ses parents et les intervenants. Ce livre qui décrit l’œuvre vivante, généreuse et à multiples facettes d’une auteure prolifique mérite d’être lu et relu, sans hésitation.


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