N° 704 | du 8 avril 2004 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 8 avril 2004

Pourquoi les chantiers de solidarité internationale ?

Propos recueillis par Guy Benloulou

Le point de vue de Abdellah Ouzrour, coordinateur des actions internationales Léo Lagrange Ile-de-France [1]

On reproche souvent aux jeunes un état passif de consommateur. Qu’en pensez-vous ?

Les pouvoirs publics, notamment chargés des politiques de jeunesse confortés en cela par de nombreux médias, ont développé une perception problématique voire stigmatisante des jeunes. La politique de la Ville et l’ensemble des actions de discrimination positive sont vécus au mieux comme des révélateurs des besoins, au pire comme des miroirs grossissants des échecs collectifs et des faiblesses individuelles de ces quartiers. Par conséquent, les différentes solutions proposées aux jeunes découlent de cette perception. De ce fait, on éloigne les jeunes des décisions qui les concernent, on pense, on parle et on produit des actions pour eux. Bref, on fait pour eux mais rien avec eux et par eux-mêmes ! Ainsi, les jeunes ne sont impliqués qu’à des degrés moindres et jamais sur un projet à long terme. Aussi, il ne faut pas leur reprocher aujourd’hui de n’être que des « simples consommateurs » d’activités, inscrits dans une logique d’assistanat.

Cependant permettre aux jeunes de rompre avec cet état passif de consommateur pour entrer dans une dynamique d’acteur et de réalisation de projets, est-ce un défi réaliste face aux difficultés d’insertion qu’ils ont à surmonter ?

Relever ce défi, c’est aussi favoriser leur insertion sociale et professionnelle, ainsi que leur engagement citoyen Cela participe aussi à la reconstitution du lien social en mettant l’accent sur un meilleur dialogue et une meilleure communication interculturelle sur le territoire. Les chantiers de solidarité internationale sont un outil approprié pour atteindre tous ces objectifs. À travers ces chantiers, nous tentons d’apporter des réponses aux questions suivantes : que faire pour que les jeunes retrouvent leur motivation, la volonté de se battre, le goût de la vie permettant d’exister autrement que par la violence comme seul mode d’expression… ? Bref, comment leur donner les moyens de se trouver une place dans la société en tant que citoyen à part entière ? Les jeunes, particulièrement ceux en difficulté, ont besoin d’une reconnaissance, d’un sentiment d’appartenance et d’utilité vis-à-vis de la société. Ainsi, en s’impliquant dans de telles actions, ils deviennent de véritables citoyens.

Qu’apportent précisément les chantiers de solidarité internationale aux jeunes concernés ?

Le « déclic psychologique » provoqué par les émotions fortes ressenties notamment lors de leur séjour en Afrique, les fait réfléchir sur leur mode de vie et leur permet de le relativiser. Il déclenche des changements d’attitude incontestable. Cela se traduit par : une reprise de confiance en soi, la valorisation dans le regard de l’autre, la naissance d’un sentiment d’utilité, la volonté manifeste de formuler un projet personnel, une implication forte dans la vie associative et une sensibilité à vouloir comprendre les relations nord/sud… Par ailleurs, s’agissant des jeunes issus de l’immigration, ces chantiers contribuent à une meilleure construction identitaire.

L’accompagnement de ces jeunes est-il important ?

Le suivi des acteurs est d’autant plus important que l’accompagnement du jeune à travers l’association doit être bien réfléchi en collaboration avec ses éducateurs ou les animateurs de la structure. Cela pose la question du devenir du jeune : avec lui, que pouvons-nous mettre en place afin que les efforts consentis pendant les phases de préparation et de réalisation ne soient pas inutiles ? Cette action a posteriori est essentielle. L’implication de plus en plus importante des jeunes et la réussite de ces chantiers illustrent les potentialités de ces derniers à s’approprier, à concevoir, à être acteurs d’un projet collectif et de solidarité et à valoriser cette expérience dans leur parcours de sociabilisation et d’insertion professionnelle (notamment auprès de potentiels employeurs).

Quel est l’apport pour les populations qui accueillent ces jeunes ?

Étant donné que le chantier est une réponse à un besoin identifié par une association dans le sud, Léo Lagrange s’attache à créer un véritable partenariat avec des actions suivies dans le temps. En effet, les réalisations des chantiers sont poursuivies, par la population ou d’autres chantiers l’année d’après. De plus les chantiers ne sont pas des missions humanitaires mais bien un partenariat construit sur l’échange et non simplement un apport de la part des pays du Nord. Les chantiers sont principalement des chantiers de construction, de reboisement, de rénovation mais également d’échanges et de rencontres entre des personnes de cultures différentes. Ce travail s’effectue en collaboration avec une équipe professionnelle locale et cela dans le but de construire ou rénover une école, un dispensaire, une maison des jeunes, reboisement, construction de latrines et travaux d’aménagement des canaux d’irrigation (10 jeunes + 2 encadrants du nord et 10 jeunes + 2 encadrants du sud). Ces chantiers ont aussi pour vocation de développer l’économie locale et de favoriser un partage de savoirs dans différents domaines (théâtre, sculpture, chant, sport…)


[1Association Léo Lagrange Ile-de-France - 153 avenue Jean Lolive - 93695 Pantin cedex. Tél. 01 48 10 65 64. mail : dispositifparisien@leolagrange.org


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