N° 975 | du 3 juin 2010

Faits de société

Le 3 juin 2010

Pour une politique de l’enfance

Joël Plantet

La jeunesse, problème de notre société ? Se démarquant des très officiels États généraux, 80 organisations de la société civile ont organisé les États générEux de l’enfance présentant 112 doléances et prônant un débat public.

En février, la secrétaire d’État à la Famille et à la Solidarité, Nadine Morano, a lancé des États généraux de l’enfance qui s’achèveront le 16 juin. Nombre de professionnels avaient émis de vives réserves vis-à-vis de ce que certains qualifiaient de pure opération de communication : choix arbitraire des participants, angle hautement discutable, lacunes en termes de moyens adéquats toujours aussi criants… Il y a un an, le Comité des droits de l’enfant de l’ONU s’était d’ailleurs montré particulièrement sévère avec la France sur ce sujet en relevant une « absence de stratégie globale pour les enfants » et l’« intolérance et [la] stigmatisation dont sont victimes les enfants, en particulier les adolescents ».

Se démarquant de cette initiative jugée stérile et prenant une parole qu’on ne leur avait pas donnée, 80 organisations ont alors lancé des États générEux de l’enfance en vue de « dresser un bilan complet des politiques gouvernementales concernant les enfants ». Vaste programme ! Un cahier de doléances a été rédigé [1], composé d’analyses concrètes de situations et de propositions ; en quelques semaines, une centaine de contributions ont été recueillies et affinées auprès des représentants des professionnels (petite enfance, parentalité, école, éducation spécialisée, handicap, justice, etc).

Au final, dans une hétérogénéité reflétant la complexité et la multiplicité des aspects touchant à l’enfance, ces doléances ont largement dénoncé l’« idéal sécuritaire » dans lequel les politiques afférentes baignent : « Aujourd’hui, les politiques, plutôt que de parier sur l’avenir et ses risques, misent sur la maîtrise. Ils assurent parler de protection de l’enfance et ce n’est que mesures pour se protéger des enfants. »

Les doléances ici réunies sont autant d’actes de résistance

En huit grands chapitres illustrant la pluridisciplinarité et la transversalité de ce milieu professionnel protéiforme, elles esquissent les grandes lignes de ce que pourrait être le grand débat public pour l’enfance que les organisations appellent de leurs vœux. Mais, préviennent les rédacteurs, « les doléances ici réunies sont autant d’actes de résistance. Leurs auteurs, syndicats, associations, collectifs, ont veillé à ne pas tomber sous le charme de l’enfance rêvée, à ne pas rêver l’enfance. Ils ont repris de leur cœur de métiers […] tout ce qui sape les fondements même de leurs engagements pour l’enfance. » Le 26 mai a donc été l’occasion, à Paris, aux environs de l’Assemblée nationale (le rendez-vous initial, symboliquement prévu devant le Jeu de Paume, n’a in extremis pas été autorisé), de ce rendez-vous d’information et de mobilisation, sous forme de « forum-goûter géant ».

Les quelques centaines de participants y ont fermement dénoncé « les politiques erratiques et sectorielles du gouvernement ». Des dizaines de prises de parole – certaines sous la pluie –, de Catherine Dolto à Jean-Pierre Rosenczveig en passant par de nombreux autres, ont stigmatisé le « découpage » de l’enfant en fonction des politiques, un « énorme bond en arrière », le traitement du symptôme sans interroger les causes, l’obsession sécuritaire… Une lettre ouverte au président de la République a été rendue publique, avec demande d’audience et copie aux parlementaires et aux associations d’élus locaux. Une quinzaine de parlementaires ont été contactés, certains furent rencontrés. Enfin, une question au gouvernement sera portée à l’Assemblée nationale par un député, répercutant au plus haut niveau cet appel à un débat public national.


[1Le cahier de doléances peut être commandé : eap-assoc@wanadoo.fr