N° 1159 | du 19 mars 2015

Critiques de livres

Le 19 mars 2015 | Jacques Trémintin

Pour une enfance heureuse • Repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau

Docteur Catherine Gueguen


éd. Robert Laffont, 2014, (297 p. – 20 €) | Commander ce livre

Thème : Psychologie

S’inspirant des dernières découvertes des neurosciences, Catherine Gueguen décrit les interactions entre la maturation progressive du cerveau chez l’enfant et les conséquences sur son affectivité, ses émotions et ses relations avec son entourage. S’il est important de ne pas réduire l’être humain au seul biologique, il l’est tout autant de comprendre pourquoi le petit d’homme s’épanouit quand il est confronté à des contacts doux, tendres et respectueux, et pourquoi il connaît une évolution bien plus chaotique face à des échanges marqués par la brutalité, les rapports de domination ou le manque d’empathie. Avec cent milliards de neurones et dix mille milliards de connections possibles entre eux, le cerveau humain constitue une machine en activité permanente qui subit l’influence non seulement de l’héritage génétique, mais aussi de l’environnement. Les scientifiques ont pu identifier non seulement où siègent différentes compétences humaines, mais aussi le rythme de leur évolution.

C’est ainsi que l’affection, la régulation des émotions ou encore le sens moral sont pilotés à partir du cortex orbitofrontal qui n’atteint sa pleine maturité qu’à cinq ou six ans. Le cortex cingulaire antérieur sert d’interface entre les émotions et la cognition, structurant la relation entre soi et autrui. Il ne s’active pleinement qu’à l’âge adulte. L’amygdale, quant à elle, programmée pour réagir face au ressenti d’une menace, est mature dès la naissance : elle favorise la voie courte (réflexe de peur produisant la fuite) jusqu’à ce que la voie longue du raisonnement prenne le relais quand le cortex a terminé sa croissance. Le système nerveux végétatif est à l’origine de deux réactions potentielles : une stimulation des défenses induite par un stress ou un apaisement, résultat d’une sécurisation. Tous ces mécanismes expliquent la différence notable entre les comportements déroutants des enfants parfois si difficiles à décoder par les adultes. Si nous connaissons assez bien les étapes du développement moteur et socio-cognitif du petit d’homme, c’est loin d’être le cas pour sa vie affective et émotionnelle.

Et notamment, pour ce qui concerne les effets respectifs d’une stimulation douce et agréable, d’une part, d’une éducation autoritaire et stricte, de l’autre. La bienveillance libère l’ocytocine, hormone sécrétant la dopamine, l’endorphine et la sérotonine qui procurent un sentiment de bien-être et favorisent la socialisation. La rigidité produit du cortisol, hormone du stress destinée à faire réagir au danger potentiel. Sécrétée en grande quantité, elle peut nuire au développement des facultés du jeune enfant. L’environnement affectif n’est donc pas seulement un accessoire utile et sympathique, mais le terreau sur lequel se développe le potentiel de croissance psychique de l’enfant.


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