N° 853 | du 20 septembre 2007 | Numéro épuisé

Dossiers

Le 20 septembre 2007

« Pour ma part, je ne demande jamais plus de six mois »

Propos recueillis par Marjolaine Dihl

Entretien avec C.B., éducatrice à la Protection judiciaire de la jeunesse

Qu’est-ce que le contrat jeune majeur ?

En PJJ, il ne s’agit pas vraiment d’un contrat. La protection jeune majeur [1] est une décision de justice prononcée par le juge des enfants. Pour la mettre en œuvre, il faut l’accord du jeune, de l’éducateur et du magistrat. Ce type de mesure concerne les adolescents qui sortent de maison d’arrêt et subissent une mise à l’épreuve. Elle peut également s’adresser à des jeunes que l’on a rencontrés assez tardivement ou qui ont « échappé » à un signalement durant leur minorité. Pour ma part, je ne demande jamais plus de six mois.

À mon sens, au bout de cette période, soit le jeune s’est stabilisé, soit il n’a rien compris et cela ne sert à rien. À vrai dire, nous avons reçu des directives assez claires [2]. Depuis environ un an et demi, nous devons concentrer nos efforts sur les classes d’âges inférieures. Si je tombais sur un jeune nécessitant un accompagnement jusqu’à ses 21 ans, je tenterais d’obtenir un placement à l’ASE… Je me rends compte qu’inconsciemment, je me limite ! Le cas des mineurs isolés ou sans papiers se présente un peu différemment. J’essaie de réclamer plus de temps pour qu’ils puissent effectuer leurs démarches administratives.

Comment ce dispositif s’élabore-t-il ?

En général, c’est l’éducateur qui présente la demande au juge, avec le consentement du jeune [3]. Au final, c’est le magistrat qui décide de mettre ou non une mesure en place [pour se prononcer, le juge rencontre le demandeur lors d’une audience, sans la présence des parents, ndlr]. En principe, il accorde une protection jeune majeur parce que le jeune a débuté une formation et qu’il doit la concrétiser. Il s’agit plus d’un contrat oral que d’une contrainte. Donc il faut l’adhésion du jeune.

Que couvrent les mesures jeune majeur ?

Elles prévoient souvent un placement en unité d’hébergement diversifié (UHD), que ce soit en FJT, en studio ou en foyer habilité justice. C’est rarement dans un foyer PJJ, car nous avons une longue liste d’attente et très peu de places. Loger des jeunes majeurs est d’autant plus difficile que les foyers les refusent s’ils ne les ont pas suivis auparavant… Pour les besoins de formation, nous sommes aussi limités : nous devons nous tourner vers l’ASE. Car nous n’avons plus le budget nécessaire… Avant, nous pouvions emmener les jeunes acheter un bleu de travail ou les aider à payer leurs frais de transports. Aujourd’hui ce n’est plus possible. On réfléchit donc à une double mesure [administrative et judiciaire, ndlr].

Comment ces mesures s’achèvent-elles ?

En général, l’éducateur remet un rapport au juge. À ce moment-là, soit le magistrat prononce une main levée et la mesure s’arrête, soit il la prolonge. Les structures où les jeunes sont hébergés peuvent aussi demander une main levée, si leur résident ne respecte pas leur règlement intérieur par exemple. Chez nous, aucun des jeunes bénéficiant d’une PJM n’a plus de dix-neuf ans. On n’a aucune évaluation sur ce qu’ils deviennent ensuite. Quant à savoir s’ils atteignent une réussite sociale, il faudrait déjà déterminer ce qu’est une telle réussite… Pourquoi vivre du RMI serait forcément un échec ? Je me demande quel pourrait être l’outil d’évaluation…


[1La PJM est aussi connue sous le nom de MJM (mesure jeune majeur)

[2Dans son « enquête sur les mesures et les parcours des majeurs de moins de 21 ans », Annelise Blettry évoque « une diminution de 50 % des mesures jeunes majeurs » par la DRPJJ, en faisant référence à la circulaire du 21 mars 2005 relative à la mise en œuvre de la protection judiciaire en faveur des jeunes majeurs.

[3Le jeune peut aussi saisir le juge des enfants de son propre chef


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