N° 976 | du 10 juin 2010 | Numéro épuisé

Critiques de livres

Le 10 juin 2010 | Jacques Trémintin

Pour en finir avec les violences faites aux femmes

Chantal Brunel


éd. du Cherche Midi, 2010 (261 p. ; 17 €) | Commander ce livre

Thème : Violences conjugales

L’auteur n’est rien moins que député UMP. Nul n’est parfait. Autant dire qu’il serait légitime que l’on se méfie de sa prose, tant sa force politique a montré depuis trois ans des élans profondément antisociaux. On aurait bien tort. Il semble qu’ici la question féminine transcende les différences idéologiques : « Depuis que les sociétés existent, les femmes subissent les pires exactions. De tout temps, elles ont vu leurs droits bafoués et leur honneur sali » (p.18), affirme Chantal Brunel qui argumente avec finesse et pertinence, n’hésitant pas à accrocher au passage le machisme parfois de sa famille politique ou encore regrettant de n’avoir pu agir auprès d’une femme battue sans papiers.

Première cible de son analyse : les violences conjugales qui ont provoqué 156 morts en 2008. Il n’est pas simple pour les victimes de réunir le courage pour déposer plainte et en assumer les conséquences. D’où son appel à les aider et à les accompagner. Parmi les propositions de la députée, il y a certes un renforcement de la répression, mais surtout une éducation précoce aux relations de respect entre hommes et femmes : « La prévention à long terme est plus efficace que la sanction, pour changer » (p.73).

Seconde cible, les violences coutumières : mariages forcés, excision, polygamie… qu’elle identifie au viol, à la mutilation et à l’esclavage. Il n’y a rien à excuser, rien à justifier, rien à relativiser, affirme-t-elle avec raison. Il est vrai qu’au nom de la lutte légitime contre le racisme, on en vient parfois à justifier l’injustifiable. Elle reconnaît toutefois que la « solution dépend autant de notre capacité à intégrer les communautés que la capacité des dites communautés à accepter nos lois et nos valeurs » (p.96). Et de proposer des procès exemplaires, comme celui contre l’excision en 1999, pour signifier que ces coutumes doivent être éradiquées de notre pays.

Troisième cible, la pornographie, la prostitution, l’échangisme ou le sado masochisme… autant de pratiques que l’auteure se refuse à condamner, quand elles impliquent des adultes consentants. Ce sont leurs dérives qu’elle appelle à combattre, quand il y a atteinte à l’égalité homme/femme ou à la dignité de l’être humain.
Dernière cible, ce plafond de verre qui bloque toute promotion sociale des femmes, avec comme facteur aggravant le retard de notre pays en matière de moyens de garde pour la petite enfance. L’auteur regrette l’inaptitude intellectuelle et culturelle de certains hommes à considérer la femme comme leur égale et la mixité des sexes comme la source d’une complémentarité fondatrice. Pétition de principe qu’on ne peut que valider.

Un livre documenté, argumenté et structuré qui évite la langue de bois et qui démontre une grande honnêteté et une toute aussi grande authenticité.


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