N° 904 | du 6 novembre 2008 | Numéro épuisé

Critiques de vidéos

Le 6 novembre 2008 | Un film de Christine Thépénier

Petites et grandes soustractions

Jacques Trémintin

(2008 - 60mm)
Arsenal productions & Canal Maritima, (19,90 €)
www.arsenal-productions.com

Thème : RMI

Nous sommes dans le bureau d’un lieu d’accueil du RMI à Marseille

Tout commence par un gros plan sur des mains, des mains qui trient des papiers, des mains qui écrivent. Nous sommes dans le bureau d’un lieu d’accueil du RMI à Marseille. La caméra filme l’usager de dos. L’assistant social lui fait face. Un visage attentif, tendu et désireux de ne rater aucun détail afin de comprendre la situation. L’usager raconte le contrôle exercé par un agent de la CAF : des questions indiscrètes, insistantes, tendancieuses pour essayer de trouver ce qu’il y a à cacher. Le travailleur social se sent-il rassuré ?

Au moins, lui ne trempe pas dans cette inquisition ! Pas sûr : « On est partie prenante d’un système qui traque les pauvres », confie-t-il à la caméra. Une encadrante le confirme, lors d’une réunion : le service insertion du conseil général n’a pour seule ambition que de faire sortir le plus d’allocataires du dispositif RMI. « Ce n’est pas notre logique : il nous faut rendre ces décisions acceptables d’un point de vue humain ». Michel Chauvière en rajoute face à l’équipe, c’est une véritable rhétorique de l’accès aux droits qui s’est dressée tel un rideau de fumée : « Ce n’est pas le droit au logement qui loge, c’est la construction de logements ». Mais la colère et le découragement n’aboutissent pas à leur faire baisser les bras : occuper cette place, ce n’est pas renoncer et se battre, même si on en est trop souvent réduit à de petites et grandes soustractions.

En tout cas, pas question de justifier le système : « On ne peut reprocher aux gens de ne pas savoir gérer leur budget, quand ils essaient de survivre avec 380 € mensuels, en déséquilibre financier permanent », s’exclame une assistante sociale.